Une semaine à vélo, 350 km à parcourir, avec une journée en Baie de Somme au milieu, des enfants qui ont bien grandi depuis la dernière fois (en 2009 – Aurore n'avait que 5 vitesses à son petit vélo), des campings tous les 15 km… facile, qu'on se disait ! Le premier jour, effectivement, ce fut le cas, bien que nous soyons partis une heure plus tard que prévu car un jeune homme que je ne nommerai pas avait oublié son blouson de pluie et s'en est rendu compte au bout de 20 minutes ! Nous chargeons nos mules, laissons nos clés dans la boîte aux lettres de Papy (sage précaution, on le verra plus tard) et c'est parti !

2 août12 août22 août3

La petite mule porte les polaires et matelas en mousse ; les sacoches bleues ont été cousues il y a 22 ans, du temps où l'on trouvait de la toile adéquate. C'était leur dernier voyage : trouées par les frottements, le biais en skaï partant en miettes, les sangles effilochées, le renfort intérieur devenu cassant, je les ai jetées…

2 août42 août5

Tocqueville, Ypreville-Biville, Sorquainville, Beuzeville, Mathonville, Limanville… nous sommes incapables de retenir plus de 2 noms à la suite et je dois sortir la carte à chaque village traversé pour trouver la direction à suivre ! Beau temps, petites routes de campagne si nombreuses que nous dévions à peine de la ligne tracée entre le lieu de départ (près de Goderville) et le premier campement (Offranville), variété des clochers du Pays de Caux, ravitaillement possible sur la route (nous nous offrons même des glaces pour le goûter).

clochersEn fin de journée, il y a bien une chute d'Aurore et un porte-bagages dévissé, mais tout va bien, le camping est charmant (et un couple de cyclistes néerlandais nous a gentiment proposé de nous y conduire dès notre entrée en ville, nous évitant quelques détours). La petite fille de la caravane en face (5-6 ans) nous regarde arriver, stupéfaite : « Vous n'avez pas de voiture ? ». Au risque de passer pour des miséreux, nous répondons que non… un peu plus tard, son frère me demande si ce n'est pas trop dur de pédaler, je lui explique que nous avons fait presque 70 km et que nous sommes partis un peu tard le matin, le temps de décharger les vélos de la voiture : « Ah bon, mais alors vous avez une voiture ? » Là, je crois bien qu'il nous a pris pour des fous furieux.

2 août62 août72 août8

Le soir, au dîner, nous découvrons que l'IGN a redécoupé ses cartes au 1/100 000 et que les nôtres (5 ans d'écart) ne se recoupent pas, il nous manque bien 7 à 8 km. Mais la technique moderne vient à notre secours : j'ai vu passer d'autres fous du vélo, je pars à leur recherche, leur emprunte leur carte et la photographie. Nous nous endormons bercés par le doux chant des crapauds siffleurs et le doux bruit d'une petite pluie bien inoffensive.
69,2 km parcourus, 15,6 km/h de moyenne. 

Deuxième jour : début des ennuis

Le matin, nous prenons une route au hasard, la mauvaise évidemment ! Ce n'est qu'au bout de plusieurs km que nous pouvons voir où nous sommes et rebroussons chemin. Nous continuons à parcourir la campagne normande, mais comme nous sommes proches de Dieppe, il nous faut franchir 3 vallées assez profondes. Nous profitons de la voie verte sur 1,5 km seulement, le temps d'apprécier l'impression de liberté que cela procure (pas besoin de faire attention aux voitures, parcours plat, bitume régulier, pas d'ornières ni de caniveau à éviter). Après une longue montée, la troisième de la matinée, nous nous arrêtons pour déjeuner près d'une petite rivière et pouvons nous mettre à l'abri de l'averse qui survient ensuite sous le porche de la mairie. Le soleil revient, nous repartons à l'assaut d'une nouvelle côte quand… Paf ! Le pneu de Guillaume éclate. Redescente vers le village afin d'avoir des renseignements sur le réparateur le plus proche, ce qui nous prend une bonne demi-heure tant le lieu est désert… Finalement, il faudrait aller jusqu'au Tréport (à plus de 20 km). Nos signaux de détresse aux camionnettes qui passent resteront sans effet. Après concertation, les hommes partent, mon mari sur mon vélo, et les filles poussent les engins (dont le blessé qui freine tant qu'il peut) le plus loin possible en direction du camping le plus proche. Nous essuyons un orage au passage, quelques automobilistes farceurs nous klaxonnent en passant (message aux conducteurs : les cyclistes n'apprécient jamais d'être klaxonnés, surtout en montant une côte, et surtout en montant la côte en poussant leur vélo crevé !). La, je dois dire que mes filles m'ont épatée : pratiquement pas une plainte, alors que c'était vraiment dur, surtout qu'elles avaient hérité d'un chargement supplémentaire. Après 38 km parcourus à vélo le matin, nous avons marché 14 km (3 heures) et sommes arrivées à 500m du but, ce qui a épargné aux hommes de revenir sur leurs pas, revenus victorieux de leur chasse au pneu neuf (et aux victuailles, aussi).

Bilan : 76 km pour les garçons, 52 pour les filles, un camping moins sympa que la veille, des voisins bruyants, des douches à jetons (dans un 3 étoiles !) et une soirée karaoké à laquelle il était impossible d'échapper sous nos toiles de tente, ouin ! Là encore, la pluie a eu la bonne idée d'attendre la nuit pour tomber (ce qui a fait rentrer la bande d'enfants hurleurs qui étaient encore sur les balançoires à 22 h 30 mais n'a pas fait taire les jars de la ferme voisine qui m'ont réveillée à plusieurs reprises au cours de la nuit)

Troisième jour : rien ne va plus !

Ayant retrouvé notre bonne humeur après ces péripéties, nous reprenons nos montures avec quelques grimaces : tous les randonneurs vous le diront, le troisième jour est le plus dur pour le postérieur. Le relief se calme, nous sommes à présent dans la Somme, le silex laisse place à la brique, certains clochers ont des cloches suspendues à l'extérieur… je profite du temps sec pour photographier les cultures : lin, blé, seigle, méteil, avoine, maïs, betteraves, luzerne, colza, pommes de terre… et mes chers coquelicots, beaucoup plus présents depuis l'abandon d'une partie des désherbants. Les éoliennes poussent bien également !

champsPeu après midi, nous atteignons une première étape : Saint-Valéry sur Somme ; petite pause moules-frites bien méritée. Alors que nous voulons repartir visiter la ville, Guillaume remarque du jeu dans sa roue arrière… pas de réparateur aux environs, évidemment. Un magasin d'accastillage l'aide à resserrer l'axe mais constate qu'il est visiblement cassé. Dès lors, impossible de faire le retour : si le moyeu cède dans une descente, c'est une grave chute assurée. Avec beaucoup de déception, nous organisons un rapatriement en voiture pour lundi, en attendant, nous pourrons profiter de la baie en ménageant au maximum la roue fragile. Guillaume et Aurore prennent le petit train à vapeur jusqu'au Crotoy, je prend la route avec mes deux grands (et nous arriverons bien avant le train !) Le lieu étant plus touristique, il nous faudra pas mal chercher pour trouver un camping qui accepte les tentes (et là, je m'interroge : un lieu qui ne fait que de la location de mobile-homes mérite-t-il encore le titre de camping ?) et qui ait encore de la place. La pioche est bonne, quoique onéreuse : superbe emplacement, des voisins calmes ou absents, piscine couverte. Un gros orage nous permet de vérifier que les tentes sont correctement montées et que la plus ancienne (22 ans) tient encore le coup.
Pour les cyclistes restant en selle * : 52 km parcourus.

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* non, ça ne va pas finir comme Dix petits nègres, je vous rassure !

Dimanche : visite aux oiseaux

Nous avions projeté de visiter le parc ornithologique du Marquenterre. Vu qu'il n'y a presque pas de relief et que nous restons à une distance raisonnable de notre lieu de camp pour un retour à pied si besoin, c'est parti ! À l'aller, la piste cyclable longe le marais, nous donnant un aperçu du spectacle qui nous attend. Le lacet de Marie et son pédalier ayant été frappés d'un coup de foudre réciproque, la demoiselle s'étale par terre, sous les ricanements d'une bande de canards qui se prélassaient à quelques mètres et les regards dédaigneux des cygnes. Le parc est magnifique, fréquenté à cette époque par des cigognes, spatules, grues, huitriers, cormorans que nous pouvons observer de nos cachettes. Nous profitons des fleurs également.

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J'ai peu de photos, il aurait fallu un téléobjectif, peu compatible avec nos conditions de voyage… mais allez voir le blog et le site du parc, ou mieux, allez-y en vrai ! Le spectacle est différent à chaque saison…

Nous avons eu presque trop chaud au soleil (vu les prévisions météo désastreuses, c'était inespéré) mais une grosse averse nous cueille au retour. Nous passons par Le Crotoy, histoire de voir la plage. Et pour que nous n'ayons aucun regret de ne pas poursuivre notre périple le lendemain, le dérailleur de Marie fait des siennes, au point que je dois parcourir à pieds le dernier km avec elle… notre voisin de camping nous prête quelques outils pour une réparation de fortune : elle pourra rouler, mais pas question de changer de vitesse désormais.

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Lundi : la météo s'en mêle

Il est dit que nous ne regretterons pas de raccourcir notre séjour : nous avons dîné sous la tente, nous déjeunons sous la tente, replions nos bagages dès que la pluie nous laisse un peu de répit. Les orages avaient l'avantage d'avoir une fin, les pluies de ce jour nous laissent moins d'espoir. Nous reprenons la route vers Abbeville, sur la piste cyclable qui longe la baie tout d'abord, puis sur une route indiquée pour les cyclistes… publicité mensongère ! Au bout de 300 m, la piste laisse la place à une départementale très fréquentée par les camions et voitures et très pénible car les accotements sont étroits, impossible de rouler de l'autre côté de la ligne. La pluie reprend également. Au bout d'une douzaine de kilomètres nous décidons de tenter le bord du canal, bien que la route soit indiquée barrée (mais les indications sont destinées uniquement aux automobilistes, sans plus de précisions). Le chemin de halage laisse ensuite place à une petite route qui serpente vers la ville… nous arrivons vers midi, hélas, Abbeville un lundi matin de pluie n'est pas très riante : aucun commerce ouvert, personne dans les rues ! Nous trouvons juste de quoi nous sustenter, puis il faut bien vite repartir vers l'autoroute : bonne surprise en arrivant, un petit parking juste après la sortie, ce sera idéal pour le chargement… eh bien, croyez-moi si vous voulez, j'ai crevé 100 m avant l'arrivée (peut-être pour n'avoir aucun regret ?) ! Papy arrive 5 minutes après nous (merci, merci Papa, d'avoir fait 300 km pour nous !), on charge : un vélo sur le toit, 4 sur la plate-forme, entassement à l'arrière (et comme la poisse nous avait enfin lâchés, nous n'avons pas croisé de gendarmes), des pluies diluviennes sur l'autoroute. Nous avons l'impression d'étouffer en voiture, c'est étonnant comme on s'habitue vite au grand air ; à manger, se laver, dormir dehors (si, si, une toile de tente ou les sanitaires de camping, c'est ouvert à tous vents), comme on voit la météo différemment : nous avons eu globalement l'impression d'avoir du beau temps, de sécher facilement après des averses qui nous avaient totalement trempés, en ville nous aurions vu les choses autrement.

Et finalement, après un mardi matin un peu maussade, le soleil s'est installé, nous laissant profiter de la plage et des baignades, humm… rafraîchissantes ! Marché le matin, sieste et lecture, retrouvailles des cousins et amis… finalement, nous avons passé de bonnes vacances.

Et ce n'est pas fini : on expédie Paul en camp (à Belle-Île, le malheureux) et à nous Paris !

Petit retour en arrière… Tours-Le Havre en 90, Morlaix-Le Havre en 91, à l'époque, on trouvait un réparateur de cycles dans chaque gros bourg et ils réparaient sur-le-champ (premier RV trouvé pour changer l'axe de roue : 8 septembre !) Il y avait un camping tous les 10 km et ça coûtait 15 à 20 francs pour deux… mais le chargement était plus lourd qu'aujourd'hui (pulls en laine au lieu de polaires, tentes plus lourdes, pas de serviettes microfibres, ni de lampes frontales à LED) et surtout pas de téléphone mobile, c'était drôlement compliqué de gérer les crises !
Lors de nos périples de 2006 (sans Aurore) et 2009, nous n'avons eu par chance aucun souci mécanique et une meilleure météo, mais Aurore y a laissé une dent, à tout prendre, je préfère la casse de matériel… mais je me dis qu'à une époque où se développent les voies vertes et autres itinéraires cyclables (Paris-Londres depuis juin), peut-être faudrait-il faire un effort côté hébergement et assistance… payer 40 euros un emplacement pour une tente et 5 personnes qui ne profiteront ni de la piscine (fermée à notre arrivée, en général), ni des animations, me semble excessif. Ne trouver aucun renseignement sur un quelconque garage à l'office de tourisme qui propose des itinéraires pour cyclistes est désolant. Et à notre retour, notre réparateur vélo a pris en charge nos montures après 4 semaines de délai !