26 novembre 2013

Le premier jour du reste de ma vie

Trois semaines à retenir mon souffle… le 5, j'avais rendez-vous chez le cardiologue pour une visite de routine, je voulais faire le point avec lui sur les extra-systoles qui m'ont un peu gâché la vie cet été et sur le traitement de subsitution de la thyroïde qui peut poser problème dans ce cas (et là, n'ayant plus de thyroïde, je serais bien embêtée). Le temps de trouver mon chemin dans un hôpital en travaux, j'arrive un peu juste au rendez-vous, j'ai 14 de tension, rien d'inquiétant donc. Je pose mes questions, il répond, me fait des petits dessins, l'électrocardiogramme est parfait (du jamais-vu, je pourrais l'encadrer !), et puis il décide, comme ça, de refaire une échographie, puisque je ne l'avais pas revu depuis plus d'un an. J'ai un petit souffle, rien d'inquiétant, juste à contrôler de temps en temps. Il me plaisante sur mon émotivité, je lui dis que ça empire, que je réagis aux contrariétés ou aux émotions de façon surprenante (maux d'estomac, rougeurs subites, gorge serrée, hausses de tension) et que les petites contrariétés deviennent de plus en plus grandes avec les enfants qui grandissent. Il me confirme que les petits soucis de maternelle ou de nuits entrecoupées nous semblent bien dérisoires à mesure que le temps passe. Et puis… il ne dit plus rien, il passe et repasse la sonde, et je sais ce qu'il observe : mon oreillette droite et ce qu'il avait qualifié de "curiosité" l'année précédente, peut-être un petit kyste, avait-il dit.

Je demande « Il y a quelque chose ? », il me répond « J'ai l'impression que ça a grossi ». Je me rhabille, je suis glacée. de retour à son bureau, il compare avec le bilan de 2012, dit que non, finalement, ça lui semble même un peu plus petit, mais bon, il aimerait bien pouvoir mesurer "ça" de façon plus précise, il me rappellera s'il a une idée, que je ne m'inquiète pas. J'insiste sur le fait que je suis un peu très inquiète, quand même, et qu'est-ce que "ça" pourrait être ? — Je ne sais pas, un polype peut-être… — Mais on peut faire quelque chose ? — Non, rien.

Le mercredi passe, avec son animation habituelle, en prime un cours de conduite pour Paul auquel j'assiste (il y a du mieux par rapport à la dernière fois, il touche au but, là, mais encore quelques heures pour consolider tout ça). Ce n'est que jeudi, vers 11h, que je rallume mon téléphone et trouve un message de l'assistante du cardiologue « Vous avez rendez-vous le 20 novembre à 11h30 à l'hôpital Beaujon avec le Dr X, je vous rappellerai quand vous pourrez passer chercher la lettre » Là, je tremble carrément : pourquoi un RV si rapide ? Est-ce qu'il craint quelque chose de grave ?

J'essaie de ne pas y penser, mais je mesure jour après jour, geste après geste, tout ce que je fais pour ma famille : m'occuper du linge, des papiers, des courses, des repas quotidiens, faire le taxi, l'infirmière, la coiffeuse, être là au retour du collège, du lycée, relancer des ados qui se contentent du strict minimum en termes de travail scolaire, rappeler les rendez-vous…  et si je n'étais plus là pendant une longue période ? Et si je n'étais plus là du tout ?

Le temps passe vite : répétitions de musique, problèmes avec la banque (qui me prendront pas mal d'énergie), un bal folk, le salon MCI avec une copine, mais le 15, je suis sans nouvelles, j'appelle l'hôpital : l'assistante est en vacances, elle reviendra lundi. Lundi, elle est injoignable, mardi matin aussi (j'ai appelé toutes les demi-heures, génial pour un RV qu'on veut "oublier"). J'appelle l'hôpital Beaujon, la secrétaire me dit que je n'ai pas RV ce jour-là, d'ailleurs le Dr X n'y est pas présent le mercredi matin. Comme elle sent ma panique monter, elle prend les choses en main et me rappelle 15 minutes plus tard : j'ai RV avec le Dr X à 11H à l'hôpital Bichat, en fait ! Pas besoin de lettre, il est au courant.

Mercredi 20, j'ai pas mal erré dans l'hôpital (évidemment, je ne savais pas pourquoi j'avais RV… on m'apprend que je vais passer une échographie), la secrétaire, charmante et gaie, qui m'accueille (et ne me demande pas mon nom, elle sait que c'est moi, c'est affolant, tout le monde semble au courant sauf moi) m'avertit qu'il y a deux heures de retard. Je sors mon petit en-cas, je n'ai rien pu avaler le matin, et je m'installe avec une lecture (Jane Austen). Peu avant 14h, un interne commence l'examen, puis le termine en disant « il n'y a rien ». Comment ça, rien ? Et le kyste ? Ah mais ça n'est pas un kyste, c'est une petite anomalie embryonnaire assez courante, pas grave du tout. Là-dessus arrive le Dr X, qui reprend tout depuis le début et m'assène « Je comprends pourquoi on vous a fait venir, je ne sais pas, il y a quelque chose de bizarre, regardez, la forme n'est pas du tout habituelle. Vous êtes à jeun, là ? » Heu, non, on ne m'a pas dit… « Bon, vous pouvez revenir dans la semaine ? On fera une échographie par voie interne »

Je rentre découragée, voilà 15 jours que je n'arrive plus à faire aucun projet, prendre aucune décision, et c'est reparti pour une semaine, avec une perspective peu réjouissante en plus (la sonde doit passer par l'œsophage et l'estomac).

C'était donc ce matin. Je suis partie en avance, bien m'en a pris, le train avait de retard (normal…) et le métro est resté bloqué un bon moment, j'étais tout juste à l'heure. Une infirmière m'installe, me fait avaler un anesthésiant, me rassure — ça ne va pas durer longtemps —, le médecin arrive, j'avale la sonde (un long serpent d'1 cm de diamètre !), je la sens bouger dans mon estomac, je réprime ma toux, mes hauts-le-cœur, essaie de respirer calmement malgré la sentation que l'air ne passe plus. Voilà, 5 à 10 minutes, je ne sais pas, ça m'a paru interminable. Il n'y a rien du tout, une petite bosse dans la paroi du muscle, défaut de fabrication qui n'influe en rien sur le fonctionnement.

J'ai repris ma respiration. Le point de côté à gauche, apparu 1h après l'écoute du message, le 7, que j'avais traité par le mépris, a disparu lors de mes déambulations dans Paris en fin de matinée. Je suis allée chez Matière première, Mille créations, Muji, Tout à loisirs (fermé jusqu'en février, dommage), Fil 2000 — il fallait bien que je m'occupe pour tromper ma soif, je n'avais rien avalé depuis hier 23 h et je devais attendre 3 heures encore. Et puis j'ai mangé mon premier bagel dans le train et il m'a semblé délicieux.

Je vais reprendre une activité normale… heu, non, en fait, une activité frénétique, parce que Noël c'est dans 4 semaines, que nous n'avons pas fait la moindre liste de cadeaux, que je dois revoir mes plans pour le fait-main (sans brodeuse), habiller mes filles… et refaire des projets !

Posté par Agdel à 16:04 - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :