50 nuances de littérature #2
Après le tour du monde (qui n'est peut-être par terminé…), j'entreprends de visiter, par mes lectures, chacun des États-Unis d'Amérique. En février, j'ai lu ou écouté 6 livres et visité 4 états, ce qui porte le total à 8.
Petite nouveauté dans cette rubrique : en cousant (et parfois en travaillant, lorsque mes tâches sont particulièrement répétitives), j'écoute souvent des livres audio, offerts par ma médiathèque.
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Arkansas
John Grisham, La chance d'une vie.
À 17 ans, le jeune Samuel, citoyen du Soudan du Sud est un fan de basket. Dans son petit village, malgré le manque d'infrastructures, il s'entraîne sans relâche. Lors du passage d'un recruteur, se voit offrir la chance de sa vie : un voyage aux États-Unis pour jouer dans un tournoi de basket-ball, l’opportunité d’être repéré par un entraîneur recruteurs universitaire. Mais pendant la compétition, Samuel reçoit d’effroyables nouvelles de son pays : son village a été attaqué, sa famille a disparu. Le jeune garçon est alors partagé entre le désir de vivre son rêve et l'envie de rentrer dans son pays pour retrouver ses proches. Lorsqu'il se voit proposer d'entrer dans l'équipe de Durham, il réalise que le meilleur moyen d'aider sa mère et ses frères, réfugiés dans un camp en Ouganda, est de devenir basketteur professionnel, américain et riche. Et l'opportunité se présente à lui bien plus tôt qu'il ne le pensait, peut-être trop tôt, en raison de son immaturité de sa trop grande naïveté.
Je ne connaissais rien de cet auteur, plutôt spécialiste des affaires judiciaires, et rien non plus au basket. Je craignais de m'ennuyer lors des longues descriptions de matches (j'avoue les avoir survolées et ne pas avoir remarqué les nombreuses bourdes de la traductrice, que j'aurais été bien en peine d'identifier) mais l'histoire est prenante, alternant entre les États-Unis et la survie dans le camp ougandais. Les personnages sont peut-être un peu caricaturaux : tout le monde est gentil (je m'attendais à tout moment à un coup bas de l'un ou l'autre, mais non… même l'agent de Samuel est honnête), ce qui rend d'autant plus inattendu le revirement vers la fin du roman.
« Samuel se frotta les yeux et glissa l’enveloppe dans la poche avant unique de son pantalon. Il observa les visages de ses amis et de ses voisins et murmura :
— Merci. Merci. — On va rater le bus, grommela son cousin. Il s’assit derrière le volant, claqua la portière, et démarra. Ayak s’avança et étreignit Samuel.
— Rends-nous fiers, dit-il. — Promis.
Samuel s’assit sur le coussin, laissant ses longues jambes prendre au-dessus du chemin de terre. Il fit un signe de main à Béatrice, à ses frères et à sa soeur, et salua une dernière fois son père tandis que le pick-up s’éloignait. Rempli de fierté, Ayak resta un long moment à lui dire au revoir de la main. Samuel lui rendit son salut et sécha ses larmes. C’était la dernière fois qu’il voyait son père. »
« Les journées se déroulaient toutes de la même manière. Rien n’enrayait la routine, rien ne modifiait un emploi du temps qui n’existait pas. Pour les réfugiés et les blessés de guerre, se réveiller dans un lieu sûr avec la promesse d’avoir de l’eau et de la nourriture était un don du ciel. »
« — 28 pour cent. Ce n’est pas terrible. Qu’est-ce que tu penses de notre équipe, Sooley, après cinq matchs ? On a toujours une autre perspective depuis le banc et j’aimerais avoir ton avis. Sooley sourit, fit plusieurs dribbles, et lança : — On est bons, coach. C’est juste trop tôt. »
John Grisham, Les oubliés. (livre audio)
Cullen Post, avocat et ancien pasteur de l’Église épiscopale, travaille pour Les Anges gardiens, une fondation qui se consacre aux erreurs judiciaires. Parmi leurs « clients », la plupart sont dans le couloir de la mort et entreprendre de les innocenter s’apparente à une course contre la montre. Des enquêtes bâclées (ou pires trafiquées), des experts charlatans, des vengeances d'ex-femmes qui témoignent en défaveur de l'homme qui avait partagé leur vie, des détenus qui mentent pour sortir de prison plus vite, des jugements hâtifs parce que le suspect est Noir, parce qu'il est pauvre, parce qu'il était là – ou pas – au mauvais moment… à désespérer du système judiciaire américain (et on peut penser que la situation ne fait qu’empirer, malgré les progrès de la science).
Il faut parfois s’accrocher : les personnages sont nombreux et les enquêtes se mélangent, mais on se réjouit lorsque l’une d’elles aboutit à un jugement disculpant l’ancien condamné.
« Tous les avocats rêvent de connaitre ce genre de dénouement, mais la sensation est aigre-douce. D’un côté il y a la satisfaction, immense, d'avoir sauvé un innocent. De l’autre, il y a la colère, la rancoeur contre un système qui est capable de commettre de telles erreurs – des erreurs qui, pour la plupart, auraient pu être évitées. Pourquoi devrions-nous nous réjouir qu’un homme innocent puisse sortir de prison ? »
« Je me dis toujours que je dormirai plus tard, comme si une longue hibernation m’attendait au bout du chemin. En vérité, je fais des petits sommes, mais dors peu, et ce n’est pas près de changer. Je porte mon fardeau sur les épaules : le sort de personnes innocentes moisissant en prison, tandis que les vrais criminels – des violeurs, des assassins – se promènent dans les rues en totale liberté. »
New Jersey
Paul Auster, Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?
Je ne me souviens pas d'avoir déjà lu Paul Auster, je répare donc ce manque important dans ma culture littéraire.
Avant de connaître la consécration, Paul Auster a tiré le diable par la queue. De ses tentatives pour rompre la difficulté, et des mésaventures qui y sont liées, il fait ici le récit dans une allègre chronique des années de galère. Une chronique qui va des querelles budgétaires, responsables de la séparation de ses parents, à la parution de son premier livre. Mais, en vérité, c’est son rapport à l’argent, au travail et à la création qu’il met en évidence dans ce récit (et les mauvais choix qu'il fait, presque toujours, comme un acharnement à l'échec. Dans Pourquoi écrire ?, Paul Auster relate quelques anecdotes qui, sans en avoir l’air, ont décidé de sa vocation d’écrivain.
« Aux environs de la trentaine, je suis passé par une période de plusieurs années pendant laquelle tout ce que je touchais allait à l’échec. Mon mariage s’achevait en divorce, mon travail d’écrivain s’enlisait et j’étais accablé de problèmes d’argent. Je ne parle pas simplement de pénurie occasionnelle, ni de l’éventuelle obligation de me serrer quelque temps la ceinture, mais d’un manque d’argent constant, écrasant, quasi suffocant, qui m’empoisonnait l’âme et me maintenait dans un état de panique sans bornes.
Nul autre que moi-même n’en était responsable. Mon rapport à l’argent avait toujours été faux, ambigu, plein d’élans contradictoires, et je payais le prix de mon refus d’adopter une position claire en la matière. »
Paul Auster, Baumgartner.
C'est le dernier roman de Paul Auster. Sy Baumgartner, professeur de philosophie à Princeton, veuf solitaire de soixante-dix ans, entame un voyage dans le grand palais de la mémoire. Ses pensées lentement partent à la dérive “vers le passé, le passé distant que l’on distingue à peine, vacillant à l’extrémité la plus lointaine de la mémoire, et par fragments lilliputiens, tout lui revient”. Se déploient, en spirales de souvenirs et de réminiscences, sa jeunesse à Newark, la vie de son père, révolutionnaire fantôme d’origine polonaise, sa rencontre foudroyante, à vingt et un ans, avec Anna, poétesse en herbe, puis leur amour fou quarante années durant. Jusqu’à sa disparition, qui laisse Sy comme amputé de celle qu’il appelait sa moitié.
Le premier chapitre m'a tout de suite accrochée, tant je me suis vue dans cet homme descendu chercher un livre et happé par une série de péripéties qui lui prennent la journée. Mais le récit se fait aussi poignant, quoique toujours avec un certain humour. Une magnifique description de l'importance des souvenirs dans une vie.
« Il n’est plus prisonnier d’un caveau sans fenêtre mais se trouve quelque part à la surface du sol, toujours coincé dans une pièce, peut-être, mais au moins celle-là a une fenêtre à barreaux en haut du mur extérieur, ce qui signifie que la lumière s’y répand pendant la journée, et s’il s’allonge sur le sol et place la tête selon le bon angle, il peut regarder les nuages en l’air et en étudier le cours dans le ciel. Tel est le pouvoir de l’imagination, se dit-il. Ou, tout simplement, le pouvoir des rêves. De la même façon qu’une personne peut être transformée par les événements imaginaires narrés dans une œuvre de fiction, Baumgartner a été transformé par l’histoire qu’il s’est racontée en rêve. Et si la pièce jadis sans fenêtre en a une à présent, qui sait si un jour ne viendra pas, dans un avenir proche, où les barreaux auront disparu et où il pourra enfin, en se traînant, sortir à l’air libre. »
« Vivre, c'est éprouver de la douleur, se dit-il, et vivre dans la peur de la douleur, c'est refuser de vivre. »
Alaska
David Vann, Komodo.
Sur l’invitation de son frère aîné Roy, Tracy quitte la Californie et rejoint avec leur mère l’île de Komodo, en Indonésie. Pour elle, délaissée par son mari et épuisée par leurs jeunes jumeaux, ce voyage exotique laisse espérer des vacances paradisiaques : une semaine de plongée en compagnie de requins et de raies manta. C’est aussi l’occasion de renouer avec Roy, qui s’est éloigné de sa famille depuis son divorce. Mais, très vite, la tension monte et Tracy perd pied, submergée par les rancoeurs et les reproches. Dès lors, un duel s’engage entre eux, et chaque nouvelle immersion dans un monde sous-marin fascinant entraîne une descente de plus en plus violente à l’intérieur d’elle-même, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
Dès le début, on le malaise est là : l'hôtel est minable, frère et sœur rivalisent pour l'attention de leur mère, les plongées sont mal encadrées, les règles de sécurité sont négligées… et Tracy est littéralement épuisée par son rôle de mère, avec un mari qui, au lieu de la soutenir, l'enfonce par son attitude. Elle reporte alors sa colère sur tout ceux qui l'entourent et frôle le drame à plusieurs reprises. Et on souffre avec elle (du moins tous les lecteurs qui savent vraiment ce qu'est la charge mentale et les injonctions de la société qui pèsent sur les mères).
« — Te dispute pas, mi amor. On parle plus tard. Salut.
Et il raccroche, bien plus facile pour lui que de discuter en face à face. Il préférerait m'avoir toujours à l'autre bout d'un téléphone. J'ai envie de balancer le mien par-dessus bord mais je n'aurais alors plus aucun moyen de les joindre. Je m'agenouille et contemple le sillage du bateau, l'eau qui vire au blanc en une épaisse ligne blanche derrière l'hélice, tant de violence qui se dissipe et disparaît, aucune trace apparente si on regarde assez loin en arrière. »
« Son œil jaune et rond comme une bille, la peau d’apparence douce, pareille à du velours. Ce qui me surprend, c’est que je n’éprouve aucune peur. Le premier requin que je vois sous l’eau, et il semble simplement beau et parfait. Cet œil qui défie le cerveau, qui nous ramène quatre cents millions d’années en arrière. Une machine à remonter le temps, sous la surface, ce à quoi ressemblait le monde d’avant. Une sensation si différente de mes plongées en Californie ou à Hawaï. Rien n’est blanc délavé ou gris, rien n’est brisé, l’eau est parfaitement cristalline et donne l’impression d’un monde ancien, avant l’arrivée des humains. Comme si je contemplais un écho. »
Ohio
Toni Morrison, Sula.
Dans les années 20, deux petits filles noires, la sage Nel et la rebelle Sula, se lient d'amitié. Quarante ans plus tard, elles s'affrontent, après avoir choisi des parcours de vie opposés. Ce roman est surtout celui de cette petite communauté, des noirs pauvres, relégués dans le quartier le plus défavorable de la ville, où les femmes doivent souvent affronter seules les difficultés de la vie. Comme souvent, Toni Morrison raconte des drames atroces sur un ton presque anodin.
« Aussi, quand elles se rencontrèrent, d’abord dans les couloirs chocolat et ensuite entre les cordes de la balançoire, ce fut avec l’aisance et l’agrément d’amies de longue date. Comme chacune avait compris depuis longtemps qu’elle n’était ni blanche ni mâle, que toute liberté et tout triomphe leur étaient interdits, elles avaient entrepris de créer autre chose qu’elles puissent devenir. Leur rencontre fut une chance, puisqu’elles purent se servir l’une de l’autre pour grandir. Issues de mères lointaines et de pères incompréhensibles (celui de Sula parce qu’il était mort ; celui de Nel parce qu’il ne l’était pas), chacune trouva dans les yeux de l’autre l’intimité qu’elle recherchait. »
« — Tu crois que je ne sais pas ce qu’est ta vie parce que je ne vis pas pareil ? Je sais ce que font toutes les femmes de couleur dans ce pays... Elles crèvent. Comme moi. La différence, c’est qu’elles crèvent comme des souches. Moi, je vais m’abattre comme un grand séquoia. J’ai vraiment vécu, sur cette terre. »
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Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.
Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.
New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.
Pennsylvanie
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road.
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