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28 février 2026

50 nuances de littérature #2

Après le tour du monde (qui n'est peut-être par terminé…), j'entreprends de visiter, par mes lectures, chacun des États-Unis d'Amérique. En  février, j'ai lu ou écouté 6 livres et visité 4 états, ce qui porte le total à 8.
Petite nouveauté dans cette rubrique : en cousant (et parfois en travaillant, lorsque mes tâches sont particulièrement répétitives), j'écoute souvent des livres audio, offerts par ma médiathèque. 

Arkansas
John Grisham, La chance d'une vie.

À 17 ans, le jeune Samuel, citoyen du Soudan du Sud est un fan de basket. Dans son petit village, malgré le manque d'infrastructures, il s'entraîne sans relâche. Lors du passage d'un recruteur, se voit offrir la chance de sa vie : un voyage aux États-Unis pour jouer dans un tournoi de basket-ball, l’opportunité d’être repéré par un entraîneur recruteurs universitaire. Mais pendant la compétition, Samuel reçoit d’e­ffroyables nouvelles de son pays : son village a été attaqué, sa famille a disparu. Le jeune garçon est alors partagé entre le désir de vivre son rêve et l'envie de rentrer dans son pays pour retrouver ses proches. Lorsqu'il se voit proposer d'entrer dans l'équipe de Durham, il réalise que le meilleur moyen d'aider sa mère et ses frères, réfugiés dans un camp en Ouganda, est de devenir basketteur professionnel, américain et riche. Et l'opportunité se présente à lui bien plus tôt qu'il ne le pensait, peut-être trop tôt, en raison de son immaturité de sa trop grande naïveté.

Je ne connaissais rien de cet auteur, plutôt spécialiste des affaires judiciaires, et rien non plus au basket. Je craignais de m'ennuyer lors des longues descriptions de matches (j'avoue les avoir survolées et ne pas avoir remarqué les nombreuses bourdes de la traductrice, que j'aurais été bien en peine d'identifier) mais l'histoire est prenante, alternant entre les États-Unis et la survie dans le camp ougandais. Les personnages sont peut-être un peu caricaturaux : tout le monde est gentil (je m'attendais à tout moment à un coup bas de l'un ou l'autre, mais non… même l'agent de Samuel est honnête), ce qui rend d'autant plus inattendu le revirement vers la fin du roman.

« Samuel se frotta les yeux et glissa l’enveloppe dans la poche avant unique de son pantalon. Il observa les visages de ses amis et de ses voisins et murmura : 
— Merci. Merci. — On va rater le bus, grommela son cousin. Il s’assit derrière le volant, claqua la portière, et démarra. Ayak s’avança et étreignit Samuel.
— Rends-nous fiers, dit-il. — Promis.
Samuel s’assit sur le coussin, laissant ses longues jambes prendre au-dessus du chemin de terre. Il fit un signe de main à Béatrice, à ses frères et à sa soeur, et salua une dernière fois son père tandis que le pick-up s’éloignait. Rempli de fierté, Ayak resta un long moment à lui dire au revoir de la main. Samuel lui rendit son salut et sécha ses larmes. C’était la dernière fois qu’il voyait son père. »

« Les journées se déroulaient toutes de la même manière. Rien n’enrayait la routine, rien ne modifiait un emploi du temps qui n’existait pas. Pour les réfugiés et les blessés de guerre, se réveiller dans un lieu sûr avec la promesse d’avoir de l’eau et de la nourriture était un don du ciel. »

« — 28 pour cent. Ce n’est pas terrible. Qu’est-ce que tu penses de notre équipe, Sooley, après cinq matchs ? On a toujours une autre perspective depuis le banc et j’aimerais avoir ton avis. Sooley sourit, fit plusieurs dribbles, et lança : — On est bons, coach. C’est juste trop tôt. »

John Grisham, Les oubliés. (livre audio)

Cullen Post, avocat et ancien pasteur de l’Église épiscopale, travaille pour Les Anges gardiens, une fondation qui se consacre aux erreurs judiciaires. Parmi leurs « clients », la plupart sont dans le couloir de la mort et entreprendre de les innocenter s’apparente à une course contre la montre. Des enquêtes bâclées (ou pires trafiquées), des experts charlatans, des vengeances d'ex-femmes qui témoignent en défaveur de l'homme qui avait partagé leur vie, des détenus qui mentent pour sortir de prison plus vite, des jugements hâtifs parce que le suspect est Noir, parce qu'il est pauvre, parce qu'il était là – ou pas – au mauvais moment… à désespérer du système judiciaire américain (et on peut penser que la situation ne fait qu’empirer, malgré les progrès de la science). 
Il faut parfois s’accrocher : les personnages sont nombreux et les enquêtes se mélangent, mais on se réjouit lorsque l’une d’elles aboutit à un jugement disculpant l’ancien condamné.

« Tous les avocats rêvent de connaitre ce genre de dénouement, mais la sensation est aigre-douce. D’un côté il y a la satisfaction, immense, d'avoir sauvé un innocent. De l’autre, il y a la colère, la rancoeur contre un système qui est capable de commettre de telles erreurs – des erreurs qui, pour la plupart, auraient pu être évitées. Pourquoi devrions-nous nous réjouir qu’un homme innocent puisse sortir de prison ? »
« Je me dis toujours que je dormirai plus tard, comme si une longue hibernation m’attendait au bout du chemin. En vérité, je fais des petits sommes, mais dors peu, et ce n’est pas près de changer. Je porte mon fardeau sur les épaules : le sort de personnes innocentes moisissant en prison, tandis que les vrais criminels – des violeurs, des assassins – se promènent dans les rues en totale liberté. »

New Jersey
Paul Auster, Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?

Je ne me souviens pas d'avoir déjà lu Paul Auster, je répare donc ce manque important dans ma culture littéraire.
Avant de connaître la consécration, Paul Auster a tiré le diable par la queue. De ses tentatives pour rompre la difficulté, et des mésaventures qui y sont liées, il fait ici le récit dans une allègre chronique des années de galère. Une chronique qui va des querelles budgétaires, responsables de la séparation de ses parents, à la parution de son premier livre. Mais, en vérité, c’est son rapport à l’argent, au travail et à la création qu’il met en évidence dans ce récit (et les mauvais choix qu'il fait, presque toujours, comme un acharnement à l'échec. Dans Pourquoi écrire ?, Paul Auster relate quelques anecdotes qui, sans en avoir l’air, ont décidé de sa vocation d’écrivain.

« Aux environs de la trentaine, je suis passé par une période de plusieurs années pendant laquelle tout ce que je touchais allait à l’échec. Mon mariage s’achevait en divorce, mon travail d’écrivain s’enlisait et j’étais accablé de problèmes d’argent. Je ne parle pas simplement de pénurie occasionnelle, ni de l’éventuelle obligation de me serrer quelque temps la ceinture, mais d’un manque d’argent constant, écrasant, quasi suffocant, qui m’empoisonnait l’âme et me maintenait dans un état de panique sans bornes.
Nul autre que moi-même n’en était responsable. Mon rapport à l’argent avait toujours été faux, ambigu, plein d’élans contradictoires, et je payais le prix de mon refus d’adopter une position claire en la matière. »

Paul Auster, Baumgartner.

C'est le dernier roman de Paul Auster. Sy Baumgartner, professeur de philosophie à Princeton, veuf solitaire de soixante-dix ans, entame un voyage dans le grand palais de la mémoire. Ses pensées lentement partent à la dérive “vers le passé, le passé distant que l’on distingue à peine, vacillant à l’extrémité la plus lointaine de la mémoire, et par fragments lilliputiens, tout lui revient”. Se déploient, en spirales de souvenirs et de réminiscences, sa jeunesse à Newark, la vie de son père, révolutionnaire fantôme d’origine polonaise, sa rencontre foudroyante, à vingt et un ans, avec Anna, poétesse en herbe, puis leur amour fou quarante années durant. Jusqu’à sa disparition, qui laisse Sy comme amputé de celle qu’il appelait sa moitié.
Le premier chapitre m'a tout de suite accrochée, tant je me suis vue dans cet homme descendu chercher un livre et happé par une série de péripéties qui lui prennent la journée. Mais le récit se fait aussi poignant, quoique toujours avec un certain humour. Une magnifique description de l'importance des souvenirs dans une vie.
«  Il n’est plus prisonnier d’un caveau sans fenêtre mais se trouve quelque part à la surface du sol, toujours coincé dans une pièce, peut-être, mais au moins celle-là a une fenêtre à barreaux en haut du mur extérieur, ce qui signifie que la lumière s’y répand pendant la journée, et s’il s’allonge sur le sol et place la tête selon le bon angle, il peut regarder les nuages en l’air et en étudier le cours dans le ciel. Tel est le pouvoir de l’imagination, se dit-il. Ou, tout simplement, le pouvoir des rêves. De la même façon qu’une personne peut être transformée par les événements imaginaires narrés dans une œuvre de fiction, Baumgartner a été transformé par l’histoire qu’il s’est racontée en rêve. Et si la pièce jadis sans fenêtre en a une à présent, qui sait si un jour ne viendra pas, dans un avenir proche, où les barreaux auront disparu et où il pourra enfin, en se traînant, sortir à l’air libre. »
« Vivre, c'est éprouver de la douleur, se dit-il, et vivre dans la peur de la douleur, c'est refuser de vivre. »

Alaska
David Vann, Komodo.

Sur l’invitation de son frère aîné Roy, Tracy quitte la Californie et rejoint avec leur mère l’île de Komodo, en Indonésie. Pour elle, délaissée par son mari et épuisée par leurs jeunes jumeaux, ce voyage exotique laisse espérer des vacances paradisiaques : une semaine de plongée en compagnie de requins et de raies manta. C’est aussi l’occasion de renouer avec Roy, qui s’est éloigné de sa famille depuis son divorce. Mais, très vite, la tension monte et Tracy perd pied, submergée par les rancoeurs et les reproches. Dès lors, un duel s’engage entre eux, et chaque nouvelle immersion dans un monde sous-marin fascinant entraîne une descente de plus en plus violente à l’intérieur d’elle-même, jusqu’à atteindre un point de non-retour.

Dès le début, on le malaise est là : l'hôtel est minable, frère et sœur rivalisent pour l'attention de leur mère, les plongées sont mal encadrées, les règles de sécurité sont négligées… et Tracy est littéralement épuisée par son rôle de mère, avec un mari qui, au lieu de la soutenir, l'enfonce par son attitude. Elle reporte alors sa colère sur tout ceux qui l'entourent et frôle le drame à plusieurs reprises. Et on souffre avec elle (du moins tous les lecteurs qui savent vraiment ce qu'est la charge mentale et les injonctions de la société qui pèsent sur les mères).

« — Te dispute pas, mi amor. On parle plus tard. Salut.
Et il raccroche, bien plus facile pour lui que de discuter en face à face. Il préférerait m'avoir toujours à l'autre bout d'un téléphone. 
J'ai envie de balancer le mien par-dessus bord mais je n'aurais alors plus aucun moyen de les joindre. Je m'agenouille et contemple le sillage du bateau, l'eau qui vire au blanc en une épaisse ligne blanche derrière l'hélice, tant de violence qui se dissipe et disparaît, aucune trace apparente si on regarde assez loin en arrière. »

« Son œil jaune et rond comme une bille, la peau d’apparence douce, pareille à du velours. Ce qui me surprend, c’est que je n’éprouve aucune peur. Le premier requin que je vois sous l’eau, et il semble simplement beau et parfait. Cet œil qui défie le cerveau, qui nous ramène quatre cents millions d’années en arrière. Une machine à remonter le temps, sous la surface, ce à quoi ressemblait le monde d’avant. Une sensation si différente de mes plongées en Californie ou à Hawaï. Rien n’est blanc délavé ou gris, rien n’est brisé, l’eau est parfaitement cristalline et donne l’impression d’un monde ancien, avant l’arrivée des humains. Comme si je contemplais un écho. »

Ohio
Toni Morrison, Sula.

Dans les années 20, deux petits filles noires, la sage Nel et la rebelle Sula, se lient d'amitié. Quarante ans plus tard, elles s'affrontent, après avoir choisi des parcours de vie opposés. Ce roman est surtout celui de cette petite communauté, des noirs pauvres, relégués dans le quartier le plus défavorable de la ville, où les femmes doivent souvent affronter seules les difficultés de la vie. Comme souvent, Toni Morrison raconte des drames atroces sur un ton presque anodin.

« Aussi, quand elles se rencontrèrent, d’abord dans les couloirs chocolat et ensuite entre les cordes de la balançoire, ce fut avec l’aisance et l’agrément d’amies de longue date. Comme chacune avait compris depuis longtemps qu’elle n’était ni blanche ni mâle, que toute liberté et tout triomphe leur étaient interdits, elles avaient entrepris de créer autre chose qu’elles puissent devenir. Leur rencontre fut une chance, puisqu’elles purent se servir l’une de l’autre pour grandir. Issues de mères lointaines et de pères incompréhensibles (celui de Sula parce qu’il était mort ; celui de Nel parce qu’il ne l’était pas), chacune trouva dans les yeux de l’autre l’intimité qu’elle recherchait. »
« — Tu crois que je ne sais pas ce qu’est ta vie parce que je ne vis pas pareil ? Je sais ce que font toutes les femmes de couleur dans ce pays... Elles crèvent. Comme moi. La différence, c’est qu’elles crèvent comme des souches. Moi, je vais m’abattre comme un grand séquoia. J’ai vraiment vécu, sur cette terre. »

Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.

Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.

New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.

Pennsylvanie 
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road.

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22 février 2026

52/2026 : arbres

Ce dimanche, Anne nous propose un sujet facile à photographier : l'arbre. Habitant entre bois et forêt, je n'ai pas eu à chercher loin !

Je trouve que les arbres sont magnifiques en hiver, leur majesté ne se cache pas derrière leur feuillage.

… parfois un peu inquiétants aussi (un souvenir traumatisant de Blanche-Neige).

Au bord des étangs, beaucoup hésitent : je plonge ou je ne plonge pas ?

Une fois à l'eau, ils serviront de support aux cormorans

Plus près de la maison, il y a un arbre qui me contrarie, parce qu'il nous a privés en partie des beaux levers de soleil derrière le châtaignier

Nos voisins ont planté un eucalyptus, qui s'est beaucoup trop bien acclimaté

Il pousse de plusieurs mètres par an, devient effrayant quand il y a du vent, tant il se courbe en tous sens, et doit être élagué de moitié (à grands frais) tous les deux ans

 

 

 

 

 

 

15 février 2026

52/2026 : nature

Ce dimanche, Anne nous propose de nous intéresser à la nature, vaste sujet ! 
Notre ville de grande banlieue était encore, il y a 50 ans, un village, entouré de champs et de forêts. Paul Delouvrier a changé tout cela, prévoyant un doublement de la population métropolitaine avant la fin du XXe siècle et lançant un vaste programme de ville nouvelles. Heureusement, les objectifs ont été revus à la baisse et notre ville a conservé une bonne partie de ses espaces verts. Nous aurions dû être alertés par la toponymie du quartier (rue des sangliers, chemin des chevreuils), mais à notre arrivée en 2003, il n'y avait encore aucun signe ; depuis plus de dix ans, les animaux "sauvages" prolifèrent et se rapprochent de plus en plus des habitations. Cet hiver, un cap a été franchi avec l'arrivée des sangliers en pleine ville, dans la rue voisine de la nôtre :

Nos jardins sont clos, mais les plates-bandes devant les maisons sont menacées…

De plus, il ne se passe pas un mois sans que l'un d'eux soit percuté par un véhicule, puisqu'ils n'ont plus peur de traverser l'avenue à la tombée du jour (donc en pleine heure de pointe).

Nous les avons évités plusieurs fois, Paul a juste légèrement heurté un chevreuil, sans dommage apparent.

Dans la maison, ce sont d'autres hôtes indésirables qui ont essayé de s'installer : des souris (Marie les a entendues gratter, alors que le nid était tout juste amorcé dans le grenier. depuis nous avons autour de la maison des objets fort peu esthétiques :

Heureusement, la nature nous offre aussi de belles surprises, comme ce matin, alors qu'on en a plus que ras-le-bol de la pluie et de la boue (oui, il faut qu'il pleuve en hiver, mais pas 10 jours de suite, SVP).


 

8 février 2026

52/2026 : couleurs

Ce dimanche, chez Anne, place à la couleur ! Facile, me direz-vous… eh bien, j'ai eu plein d'idées mais trop tard pour les mettre en application.

S'il y a bien une activité où la couleur a son importance, c'est la couture. On peut se dire que coudre soi-même ses vêtements permet de s'affranchir de la mode. Oui et non : pour les coupes (ah, ces pantalons taille basse, ou les slims où l'on peut à peine passer le pied !) c'est à peu près le cas, mais pour les coloris, c'est de moins en moins vrai. Lorsqu'une gamme de couleurs a été choisie pour la saison, il est presque impossible de trouver un tissu hors de ce choix, et c'est agaçant au possible ! 
Il y a un certain nombre d'années que je me suis cousu des pyjamas, en achetant sur le même stand du Stoffenspektakel un jersey à motifs (pour le haut) et un uni coordonné (pour le bas). Les jerseys étaient déjà coupés et j'avais trouvé une astuce pour caser un haut à manches longues dans un mètre : couper les manches en deux parties en ajoutant des "coudières" unies.

Si mes bas de pyjama sont encore présentables, les hauts sont usés au point d'être translucides dans le dos (je dois me tourner et retourner la nuit). Ils ont tous lâché en même temps, alors qu'il ne sont pas tous aussi vieux : Les plumes (9 ans), les dauphins (8 ans), les nuits de Chine (12 ans).
Depuis plusieurs mois, je me balade donc avec de petites chutes des différents bleus dans mon sac, afin de trouver des jerseys assortis. En vain, le bleu n'est plus à la mode. Et le Stoffenspektakel ne vient plus en France.
En désespoir de cause, parce que j'avais reçu un code de réduction fort alléchant valable pour une journée, j'ai passé commande de quelques tissus qui pourraient faire l'affaire. Pour le premier, c'est "pas si pire"; je pourrai le porter avec mes deux bas turquoise.

Et pour le deuxième, ça passe aussi, mais j'ai trouvé encore mieux, puisque j'avais dans mes caisses un jersey un peu trop épais pour un tee-shirt, qui est parfait pour coudre un nouveau pantalon de pyjama.

J'ai pris aussi de quoi coudre deux tee-shirts, puisque j'ai le même problème d'usure généralisée. Voilà la jolie pile colorée que j'ai découpée hier après-midi. Y'a plus qu'à les coudre !

Et dans mon jardin tout boueux, j'ai trouvé un peu de couleur annonciatrice d'un prochain printemps.


 

4 février 2026

Dans la hotte en 2025 #5

Sous le sapin, il y a eu un cadeau un peu particulier : une robe pas finie ! 
Au salon CSF, Aurore avait remarqué l'an dernier une robe qui lui plaisait, avec un col victorien, des manches longues, un volant dans le bas (Zélie, de Clématisse Pattern). Cette année, la robe était exposée de nouveau, dans un magnifique tissu fleuri. Mais évidemment, elle souhaitait des modifications : une ouverture en goutte dans le dos plutôt que devant, pas de passepoil, moins d'ampleur du corps de la robe, des manches plus longues, plus froncées. J'ai jeté un coup d'œil au métrage préconisé : 2 m 80, ça m'a paru énorme, surtout que le tissu présenté n'était pas donné : un beau twill de viscose imprimé en France (My Dress Made). Nous avons décidé que ce serait son cadeau de Noël, que deux mètres suffiraient et que je me passerais du patron, vu l'ampleur des modifications à y apporter.

Le délai était serré (surtout que j'avais d'autres choses à coudre), je me suis donc empressée d'établir le patron. J'ai pris comme base la blouse Tilda de Maison Fauve, dont les manches étaient celles du cahier des charges. J'ai légèrement remonté l'encolure et créé un empiècement en V sur le devant. J'ai coupé le dos au même niveau, puis tracé, sous cet empiècement, un "milieu" de robe en une seule pièce, sur toute la largeur de la laize.
J'ai cousu une toile de blouse courte, qui a été parfaite dès le premier essayage. Nous avons discuté un moment de la longueur de la robe, de la hauteur du volant.

La vendeuse de tissu m'a donné une précieuse information : le twill est fragile, j'en ai fait l'expérience, et le risque est grand de tirer un fil lors de la coupe, de l'épinglage ou de la couture. Elle m'a conseillé de coudre avec une aiguille jersey, je n'y aurais jamais pensé ! 

Malgré tous mes soins, un fil a été tiré sur le devant, je suis dépitée.

J'avais négocié avec ma cliente qu'elle s'occuperait d'épingler les fronces, et des fronces, il y en a : le col, les têtes de manches, le corps de la robe et le volant.

Eh bien elle n'a jamais été à la maison aux moments où j'aurais eu besoin d'elle, un vrai courant d'air (à la vérité, j'ai été moi aussi très occupée, mais pas aux mêmes heures, nous n'avons fait que nous croiser), si bien que pour terminer dans les temps, j'ai dû me débrouiller toute seule.

En essayant la robe sans son volant, nous avions eu quelques doutes sur la longueur, mais ce n'est pas facile de simuler le résultat final sans tout bâtir, or je ne suis pas experte en fronces : rien que l'épinglage du volant du bas m'a pris une heure !

Le 20 décembre, je pensais être dans les temps, la robe avait des poignets, un volant, une bride de boutonnage et un bouton, ne manquait que l'ourlet. Mais l'essayage a révélé un gros problème : outre que la robe était bien trop longue, elle n'était pas du tout "ronde", plus longue derrière et encore plus sur les côtés. Impossible de rectifier en jouant sur l'ourlet : il y avait parfois 6 centimètres de décalage. Nous avons donc décidé d'un commun accord d'arrêter là pour l'instant, d'autant qu'elle ne souhaitait pas porter sa robe pendant les fêtes. 

Dès le 2 janvier, nous avons refait des essayages avec quantité d'épingles, pour bien déterminer la longueur souhaitée, puis j'ai tracé une ligne horizontale sur tout le tour de la jupe, à l'aide d'une grande règle reposant au sol. Enfin, j'ai coupé la jupe (11 cm dans le dos, 12 sur les côtés, 6 devant), repassé les fils de fronces, recousu le volant et cousu enfin l'ourlet final.

C'est un peu court à mon goût, mais nous ne sommes jamais d'accord sur ce point ! En tout cas, si j'avais su, j'aurais pris moins de tissu… La cliente est ravie, c'est le principal.

Les photos se sont faites attendre également : entre le froid et l'impossibilité de porter une chaussure au pied gauche… nous avons enfin trouvé un créneau, un jour de vent !

Au final, 1m80 auraient suffi, je ne m'étais pas trompée de beaucoup dans mon estimation.

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3 février 2026

janvier tout neuf

Ressenti du mois de janvier : 50 jours ! Le rythme n'a pourtant pas été trop soutenu et la neige nous a apporté un peu de gaité, mais le manque de lumière, le froid, la pluie ont eu raison de mon peu d'énergie de début d'année. Mes sorties sportives s'en ressentent : j'ai perdu en vitesse et en durée, mais je tiens bon, même sous une pluie fine. Février se profile sans aucun congé, on va essayer de tenir le coup ! 

1/ Alors que je dresse la table pour le brunch, ma voisine appelle, parce qu'ils ne sont que trois pour déjeuner, l'une de leurs hôtes est malade. Une heure plus tard, nous déménageons jambons et charcuteries, viennoiseries et fruits pour un joyeux repas avec nos quatre anglais (la malade va mieux), avant de faire un tour des étangs et de les accompagner au bout du RER.
2/ Je vais reprendre pour quelques jours le rôle de taxi : je conduis Aurore à la pharmacie et la chaussure de Barouk lui apporte un réel soulagement.

3/ Il a neigé cette nuit et courir sur la fine couche craquante, au soleil, est presque un plaisir (bon, les agapes et les 11 jours de pause se font sentir, quand même).

4/ Nous faisons découvrir la carbonade à Paul (et nous mangeons une galette, évidemment). Marie attire les poules avec de la peau de poulet : Soizic finit par se laisser convaincre de marcher sur le neige, mais Lucette choisit de voler.
5/ J'ai consulté la météo avant de partir et laissé mon vélo au garage, excellent choix : la neige était bien au rendez-vous dès le début de l'après-midi.

6/ Une belle journée ensoleillée pour profiter du paysage enneigé : quel plaisir que mes trajets à pied.

7/ Cette fois, il neige vraiment. Aurore ne résiste pas et nous allons faire quelques courses à pied (ce qui nous prend deux bonnes heures, avec son pied blessé). Les poules décident de rester enfermées toute la journée, je vais quand même leur apporter de l'eau, des épluchures de pommes et des croûtes de fromage mais pas question de poser une patte sur ce truc blanc.
8/ Faire les courses devient une aventure : après avoir tenté la piste cyclable en mode patinoire qui fond, je me rabats sur la rue (trajet quasiment deux fois plus long), puis réussis à acheter les trois quarts de ma liste, mon hypermarché n'ayant pas été livré depuis plusieurs jours. J'espère que Lucette et Soizic seront généreuses, j'ai besoin de quelques œufs ! 
9/ Plan B : le marché. Annulé pour cause de vents violents (heureusement que mon collègue m'a prévenue, j'y serais allée pour rien). Plan C : repasser à l'hypermarché en fin de journée. Toujours pas livré. Plan D : la Coop bio, ils ont des œufs et des champignons, ouf, mon déjeuner de dimanche est sauvé ! 
10/ Après une messe émouvante (la confirmation d'un monsieur de plus de 95 ans), nous rejoignons nos amis musiciens pour un petit bal et soudain, un sanglier traverse devant nous ! Heureusement Guillaume ne roulait pas vite et il n'y avait pas de deuxième sanglier qui arrivait derrière.

11/ À quatre (puis six) mains, nous préparons un déjeuner très festif : tartelettes fines de Saint-Jacques aux topinambours (ça, c'est la recette que je prépare chaque année, toujours aussi appréciée), bourguignon de champignons (les pleurotes de la coop étaient énormes et superbes), café gourmand (mousse au chocolat, tartelettes au citron, crèmes brûlées, crumble aux pommes, financiers). Et ensuite, la sieste s'impose !
12/ Il paraît que le Blue Monday serait la semaine prochaine ? J'ai l'impression que ce mois est déjà bien épuisant, mais je me couche tôt avec une bouillotte et un bon livre, c'est réconfortant.
13/ Nous répétons sans notre chef (parti remplir une bien triste mission), c'est-à-dire avec pas mal de papotages entre les morceaux, mais pourtant nous arrivons au bout de la liste avant l'heure.

14/ Une sortie parisienne avec Aurore, partante pour marcher des kilomètres malgré son handicap : elle trouve les chaussures espérées, il faut beau, l'expo est sympa (Le musée détourné de Pierre-Adrien Sollier) et nous aurions presque pu manger en terrasse.

15/ Après essayage, j'ai détricoté puis recommencé, avec moins de mailles, l'écharpe pour Marie, ce qui accessoirement m'évite de tomber en panne de laine. Je pense que je saurais faire ce nouveau point les yeux fermés, maintenant.

16/ Soirée théâtrale à trois cette fois. La salle est comble, vu la popularité de la pièce, et c'est largement justifié.
17/ La grasse matinée fait du bien à tous (et j'aurais bien fait une sieste aussi, si je n'avais pas eu de répétition). Pas besoin de cuisiner pour le dîner : nous avons emporté hier soir les restes de nos pizzas (trop copieuses et surtout servies un peu trop tardivement pour réussir à les manger avant le spectacle).
18/ Des amis nous ont invité à goûter, et surtout discuter, autour d'un panettone et de litres de thé.
19/ Il paraît que c'est Blue Monday, c'est vrai que ma fatigue est déjà immense, mais le soleil brille, et j'ai pu finir ma jolie blouse (laissée en carafe hier soir suite à un problème mécanique)
20/ En 2025, les triporteurs ont parcouru 8700 km durant 850 balades et nous prévoyons d'augmenter encore le score ! Lors de notre soirée galette, je discute avec une nouvelle adhérente et nous nous trouvons plein de points communs (dont le violon), j'espère que nous partagerons quelques sorties.
21/ Pour conforter ma réputation, j'ai crevé tout au début de la balade… mes deux passagères sortaient pour la première fois, les pauvres, mais elles ont pris l'aventure avec bonne humeur. J'ai réussi à changer la chambre à air à temps, malgré des outils défectueux, pour embarquer deux autres mamies. Je suis rentrée bien fatiguée, mais un délicieux dîner de fête se préparait.
22/ Après une nuit douloureuse (cou et omoplate bloqués), j'ai trouvé un RV chez l'ostéopathe à midi, elle m'a gardée presque une heure.
23/ Aurore m'a confié ses pellicules photo, je les dépose chez un photographe à 5 minutes du bureau, qui me promet développement et envoi des photos numériques en une heure, pour un prix fort raisonnable.

24/ Comme je suis seule ce midi, je m'offre un wok de crevettes aux nouilles de riz complet, des mochis, une sieste-lecture et une balade ensoleillée.
25/ Après ma petite course (toujours laborieuse, mais les chemins ne sont pas trop embourbés, c'est déjà ça), un déjeuner délicieux et une part de galette, je m'attelle aux articles du mois pour nos journaux familiaux. Outre le cadeau fait aux grands-parents, je n'avais pas imaginé le plaisir qui nous retirons de ces pages de nouvelles et de photos partagées avec "l'autre côté" de nos familles.
26/ Il est temps de changer mes semelles orthopédiques (au bout de 28 mois…) et cette fois, je n'ai pas attendu d'avoir vraiment mal, à peine un petit tiraillement le matin. Le podologue m'interroge : oui, la douleur a totalement disparu, mais seulement au bout de 6 mois et à condition de marcher au moins 4 km chaque jour (ce qui l'étonne, mais c'est la confirmation qu'il a bien travaillé), et j'ai trouvé des sandales de marche pas trop moches avec lesquelles je peux faire des kilomètres sans dommage.
27/ Ma Petite Mercerie, en redressement depuis octobre, a trouvé un repreneur, quelle bonne nouvelle. C'est mon fournisseur de tissu en ligne préféré et j'étais désolée de les voir disparaître.

28/ Je termine ma série de broderies sans tomber en panne de fil, mais j'avais pris un gros risque.
29/ Le livre commandé d'occasion, perdu par le vendeur (qui ne me l'a pas signalé), re-commandé ailleurs, perdu par le second vendeur, est finalement arrivé neuf, je ne comprends pas bien ce qui s'est passé mais je m'en réjouis.
30/ Soirée cinéma, le timing est trop juste pour un resto (et le fil trop long pour dîner après) mais j'ai mes entrées au petit cinéma de la ville voisine : nous pique-niquons dans le hall en discutant avec le régisseur (un ancien collègue), qui nous fait visiter la cabine de projection après la séance.
31/ C'est probablement LA raclette de l'année, et on est à la hauteur (avec des champignons, de la courge et des légumes séchés et fumés).

2 février 2026

50 nuances de littérature

Après mon tour du monde, je me suis demandé comment j'allais choisir les lectures ! Et je me suis rappelé ce que j'avais dit dans mon premier billet

« États-unis : il faudrait ajouter un défi dans le défi en choisissant un auteur par état ! »
Me voilà donc repartie Outre-Atlantique, avec l'aide de l'un de mes livres de chevet, L'Amérique des écrivains. Je pense qu'ils sera plus facile d'arriver au bout que pour le tour du monde, mais j'ai déjà noté que certains états sont bien plus pourvus en écrivains que d'autres.

En janvier (et un peu en octobre aussi), j'ai lu 4 livres pour un total de 1450 pages (dont les 700 dernières écrites tout petit)

Pennsylvanie 
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road

Ce livre s'intitule "Roman" mais il n'en est pas tout à fait un : l'autrice a réuni ici sa correspondance avec Franck Doel, libraire chez Marks & Co, une librairie spécialisée entre autres dans les livres d'occasion, dont elle avait vu la publicité dans un magazine. Scénariste fauchée, avide de parfaire sa culture littéraire, elle demande à son correspondant de lui trouver toutes sortes d'écrits, classiques anglais, encyclopédies, textes latins… à prix modeste. Peu à peu, les deux protagonistes vont passer du strict échange commercial à une amitié qui s'étendra à une partie du personnel de la librairie ainsi qu'à la famille de Frank. Chaque année, elle promet de lui rendre visite, mais doit sans cesse reporter son voyage. Plein d'humour et de tendresse, ce livre est touchant et prenant, j'ai eu du mal à le rendre à la médiathèque une fois achevé.

« J'adore les livres d'occasion qui s'ouvrent d'eux-mêmes à la page que leur précédent propriétaire lisait le plus souvent. Le jour où le Hazlitt est arrivé, il s'est ouvert à "Je déteste lire des livres nouveaux" et je me suis exclamée " Salut, camarade ! " à l'adresse de son précédent propriétaire, quel qu'il soit. »

« Nous adorons tous vos lettres et essayons d'imaginer à quoi vous ressemblez. J'ai décidé que vous étiez jeune, très raffinée et très élégante. Le vieux M. Martin pense que vous devez avoir l'air intellectuel en dépit de votre merveilleux sens de l'humour. Vous ne pourriez pas nous envoyer une petite photo ? »

« Un livre comme ça, avec sa reliure en cuir luisant, ses titres dorés au fer, ses caractères superbes, serait à sa place dans la bibliothèque lambrissée de pin d'un manoir anglais ; on ne devrait le lire qu'assis dans un élégant fauteuil en cuir, au coin du feu - pas sur un divan d'occasion dans un petit studio minable donnant sur la rue et situé dans un immeuble en grès brun délabré. »

Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse

Accordez-moi cette valse est un roman autobiographique (écrit en six semaines !) dans lequel Zelda Fitzgerald a transposé sa vision toute personnelle de son mariage avec Scott Fitzgerald. Elle y apparaît elle-même sous le nom, à peine voilé, d'Alabama Beggs, incarnation de ces belles du Sud dont elle était une parfaite représentante. Son mari y figure, lui, sous le nom de David Knight.
Passée la lune de miel et les folles années parisiennes, le couple se délite. Pour combler son ennui, Alabama décide de devenir danseuse classique et s'y emploie de toutes ses forces, malgré son âge, délaissant son foyer, sa petite fille, torturant son corps jusqu'à ses extrêmes limites. Son mari ne s'intéresse guère à ses progrès et jalouse même ses premiers succès, craignant qu'elle ne lui fasse de l'ombre. On y retrouve la rivalité du couple mythique, Scott s'étant mis en colère en apprenant que Zelda écrivait sur sa propre vie, car lui-même, qui avait toujours fait leur vie commune son sujet principal, ne supportait guère qu'elle se les approprie également.
J'ai eu du mal à entrer dans ce livre, le style extrêmement imagé n'est pas facile au premier abord, mais on se laisse prendre par la poésie de ces métaphores.

« Cela revient plus cher de voyager sur le toit des taxis qu'à l'intérieur ; les cieux de Joseph Urban sont onéreux quand ils sont réels. Le soleil monte haut pour repriser les rues avec des aiguilles d'argent – un fil de prestiqge, un fil de Rolls Royce, un fil de O. Henry. Les lunes fatiguées exigent des gages élevés. Éclaboussant vigoureusement leurs rêves dans la piscine sombre de l'assouvissement, leurs 50 000 dollars achetèrent une nurse qui sortait d'un album de découpage pour Bonnie, un Marmon d'occasion, une eau-forte de Picasso, une robe de satin blanc pour jeter sur la cage d'un perroquet perlé […]. Ils laissaient derrière eux, dans la malle à layette, une collection d'ours en peluche, la capote militaire de David, l'argenterie qu'on leur avait offerte à l'occasion de leur mariage et quatre grands albums pleins de ces choses que les gens leurs enviaient. »

Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.

« À l'automne de 1960, alors que j'avais seize ans et que mon père était momentanément sans emploi, ma mère rencontra un homme du nom de Warren Miller et tomba amoureuse de lui. C'était à Great Falls, Montana...» 
Ce roman est un parfait exemple de la distorsion du temps : les trois jours du récit principal semblent durer beaucoup plus, tant il se passe d'événements importants et déstabilisants dans la vie du narrateur. Alors que son père est absent (et pour lui aussi, ces trois jours doivent sembler des semaines), sa mère rencontre un homme, a une courte liaison, et décide de quitter la maison familiale pour un petit appartement. Tout ce qui semblait Immuable dans sa vie se délite sous ses yeux. 

« Je finissais par me demander si les événements de notre vie suivaient un ordre ou un schéma dont on n'avait pas conscience mais qui, à la longue, agissait sur vous et faisait que vous ne vous en étonniez pas, que vous ne vous en défiiez pas et que vous étiez prêt à les accepter même si vous flairiez anguille sous roche. »

« Et il y en a, des mots, des mots qui veulent dire quelque chose, mais qu'on ne veut pas dire, des mots qui sont responsables de vies brisées, des mots qui voudraient réparer quelque chose de brisé, mais qui n'aurait jamais dû être brisé, quelque chose que personne ne voulait voir briser et que, de toute façon, ils n'arriveront pas à réparer. »

New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.

Les Mulvaney ne sont pas la famille américaine idéale : certes, ils ont tout pour être heureux, un père travailleur, aimant et entreprenant qui a réussi dans la vie, une mère un peu fantasque mais débordant d'énergie et d'amour, un fils beau sportif, un deuxième très intelligent et scientifique, une fille belle, intelligente et charismatique et le petit dernier, encore dans l'enfance, qui raconte leur histoire, dans une ferme un peu isolée où chacun des enfants a son chat, son chien et son cheval, expédie ses corvées journalières sans rechigner et accompagne volontiers leur mère à l'église. Mais ils ne sont pas tout à fait acceptés par la "bonne société" locale. Lorsque survient un drame, ce bonheur vole en éclats et toute la petite ville leur tourne le dos. Michael, le père, se révèle plus fragile qu'il ne le paraissait et Corinne, la mère, prend le parti de son mari aux dépens de ses enfants.

« Nous étions les Mulvaney, vous vous souvenez ? Vous croyiez peut-être notre famille plus nombreuse ; j'ai souvent rencontré des gens qui pensaient que nous, les Mulvaney, formions quasiment un clan, mais en réalité nous n'étions que six : mon père Michael John Mulvaney ; ma mère Corinne ; mes frères Mike et Patrick ; ma sœur Marianne et moi... Judd.
De l'été 1955 au printemps 1980, date à laquelle mes parents durent vendre la propriété, il y eut des Mulvaney à High Point Farm, sur la route de High Point, onze kilomètres au nord-est de la petite ville de Mont-Ephraim, Etat de New York, dans la vallée de Chautauqua, cent dix kilomètres au sud du lac Ontario.
High Point Farm était une propriété bien connue dans la vallée -inscrite plus tard aux Monuments Historiques - et "Mulvaney" était un nom bien connu.
Longtemps vous nous avez envié, puis vous nous avez plaints.
Longtemps vous nous avez admirés, puis vous avez pensé “Tant mieux !... ils n'ont que ce qu'ils méritent.” »

« Corinne s'était mise à pleurer sans bruit, de cette façon dont Marianne se souvint pour la première fois depuis des années, comme pleurent les mères, silencieusement, en secret, afin de ne pas déranger. Si l'on pleure et que l'on vous entende , on pleure pour être entendu, mais les pleurs d'une mère sont exactement l'inverse, faits pour ne pas être entendus. »

« Qu’est-ce qu’une famille, après tout, sinon des souvenirs inattendus et précieux comme le contenu d’un tiroir fourre-tout de la cuisine (baptisé le « dépotoir » pour de bonnes raisons) ? »

 

1 février 2026

52/2026 : origami

Cette semaine, Anne nous convie à une activité manuelle : l'origami ou pliage de papier..

Je ne suis pas très douée pour les pliages complexes, mais j'avais recyclé quelques pages de notre ancien atlas routier, il y a quelques années, avec le modèle que tout le monde maîtrise, en principe, depuis l'école primaire : le bateau.

Et un peu plus tard, Marie et moi avions fait l'acquisition d'un kit d'Adeline Klam pour une guirlande de grues. Vu le prix de ces quelques carrées de magnifiques papier, il ne fallait pas se rater, elle s'était donc longuement entraînée avant de passer à la réalisation finale.
 

Ces deux guirlandes décorent joliment le petit coin à droite de mon bureau (judicieusement cadré au-dessus du bazar qui le recouvre).

Il y a bien trois ans que je me suis laissée tenter par le tutoriel de Mars'elle pour coudre de charmants papillons en chutes de tissu. À l'époque, ma machine avait besoin d'une révision et calait sur les épaisseurs, aussi avais-je laissé mes papillons de côté juste avant la couture finale… qui est restée en attente tout ce temps ! Le thème du jour me les a remis en mémoire et je me suis empressée de les terminer.

Et puis j'ai voulu réapprendre un pliage que je n'ai jamais réussi à mémoriser, mais qui est le symbole de l'origami, du moins en France : la cocotte en papier ! Pas la "salière" ou "pouce-pouce" des cours de récréation, mais la vraie cocotte, la poule. J'ai découpé trois carrés de dimensions différentes dans un tiré-à-part non réclamé (le livre est sorti en 1998, je doute que l'auteur – 79 ans – me le demande maintenant).

 



 



 

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