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attraper le temps qui file…

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14 juin 2026

52/2026 : jardin

Cette semaine, Anne nous propose une promenade au jardin. Je dois me rendre à l'évidence : je n'ai pas la main verte. Je viens d'en avoir une fois de plus la preuve en inspectant mes dernières plantations : les mini-plants de cosmos et de coréopsis, plantés le long du grillage, ont été dévorés par les poules, des 15 bulbes de croscomias, seuls 8 ont poussé, et les graines de soucis n'ont pas germé. Devant la maison, en revanche, le chardon bleu que j'ai planté fin avril (pour exorciser la malédiction des vilains chardons que j'arrache par dizaines chaque mois ?) semble se plaire :

Notre jardin n'est pas tiré au cordeau, la pelouse contient beaucoup plus de trèfle et de géraniums sauvages que d'herbe et, depuis quelques étés, nous pratiquons une tonte partielle, ne dégageant que les endroits où nous passons quotidiennement. Les zones fleuries nourrissent les insectes et l'herbe coupée peut être déposée dans le composteur sans risque de l'étouffer. J'en donne quelques poignées aux poules, pour combler leurs besoins en silice, plutôt de que les laisser vagabonder librement dans le jardin sans surveillance (elles sont vite fait d'aller creuser là où il ne faut pas).

Nos prédécesseurs avaient la main lourde sur les pesticides et désherbants (ils nous ont laissé tout leur stock de flacons) et ce n'est qu'après quelques années que les mauvaises herbes sont devenus envahissantes, mais je n'ai ni le courage, ni l'énergie, ni le temps nécessaire pour nettoyer, tailler, désherber, biner… je laisse donc la nature faire sa part, tant pis pour les intégristes de la pelouse et des plates-bandes nickel.
Ah, finalement, la menthe, c'est envahissant !

Les bacs construits par Marie tiennent encore le coup (mais les planches du fond pourrissent, il a fallu en réparer un l'an dernier)

Le rosier (magnifique en mai) commence à décliner mais le jasmin prend le relais

L'églantier du fond du jardin me ravit toujours autant

Juste à côté, ce sont les cassissiers (encore une zone fouillis) qui ont donné des fruits énormes et abondants

À force d'ardoise pilée, j'ai réussi à obtenir des hortensias presque bleus (ils redeviennent irrémédiablement roses au moindre relâchement)

Enfin, je ne suis pas non plus la reine des plantes d'intérieur, mais les orchidées tiennent le coup

Et puis, à la demande de Tanette, voici ma plante ressuscitée (la tige du milieu commence à reverdir elle aussi)

 

 

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7 juin 2026

52/2026 : ritournelle

Travaillant dans le domaine de la musique, le mot du jour chez Anne m'inspire, forcément. Mais comment prendre une petite ligne de musique en photo ?
Ce mot vient de l'italien Ritornello « répétition d’un motif musical », dérivé de ritorno (retour), lui-même dérivé de tornare (tourner). Bref, la petite mélodie qui vous tourne dans la tête, qui revient régulièrement dans une scène musicale.
Sa définition musicale est : Court passage instrumental qui introduit et, habituellement, termine un air, ou en sépare les strophes en revenant régulièrement, comme un refrain. Aux XVIIe et XVIII
e siècles, la ritournelle fut utilisée dans l’opéra, l’oratorio, la cantate et l’opéra-ballet.
 Par extension. Chanson simple et peu variée. Une ritournelle obsédante.
 Fig. et fam. Idée à laquelle on revient sans cesse, propos ressassé. Il a encore exposé ses griefs : c’est toujours la même ritournelle.

Je vais commencer par le côté répétitif :
Je suis retournée à mes armoires électriques peintes, choisissant cette fois celles sur le thème de la musique baroque (avenue de Paris). Les deux premières sont justement consacrées aux plus célèbres compositeurs français d'opéras aux XVIIe et XVIIIe siècles : Lully et Rameau. 
Mais j'ai eu beau tourner et retourner sur la place du château, je n'ai pas trouvé Lully. Peut-être cette armoire a-t-elle été enterrée pour laisser le champ libre au flot continu de touristes circulant entre le château et les deux gares les plus proches ? La photo trouvée sur internet est pourtant récente et postérieure aux travaux de cette contre-allée.

En remontant l'avenue, j'ai rencontré le Roi Soleil : Louis XIV, âgé de 14 ans, dans son costume d'Apollon, celui qu'il portait lorsqu'il dansait dans le Ballet Royal de la Nuit (dont Lully est l'un des compositeurs), un spectacle commandé par Mazarin pour asseoir le pouvoir du jeune roi (une publicité, en quelque sorte).

Et nos ritournelles, alors ? Je n'ai pas eu le courage de parcourir les 94 pages de la partition, après avoir identifié quels passages étaient de Lully, mais j'ai trouvé mon bonheur dans le Ballet Royal d'Alcibiane, composé six ans plus tard et lui aussi dansé par le roi (en fait, Lully est passé à l'opéra quand Louis XIV a passé l'âge de danser) :

L'écriture (très lisible) n'est pas celle de Lully mais de Philidor, bibliothécaire du roi.

Autres spectacles fort prisés à la Cour : les comédies-ballets, rassemblant une pièce de Molière comportant des scènes musicales. Celles-ci ont d'abord été composées par Lully, avant sa brouille avec le dramaturge. Voici donc une petite ritournelle dans l'acte I, scène 2, dans une copie anonyme du début du XVIIIe conservée à Besançon :

Après sa brouille avec Lully, c'est à Marc-Antoine Charpentier que s'associe Molière. Malheureusement, le Surintendant ne cessera de leur mettre des bâtons dans les roues : les interdits pleuvent (pas plus de deux chanteurs, de deux instruments, de deux airs…). Le Malade Imaginaire connaîtra ainsi plusieurs versions, toujours avec une musique sublime cependant.

Bon, ce n'est toujours pas la partition que j'ai explorée, mais celle d'une autre œuvre incomparable : la Pastorale sur la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ H.482.

Notez que Charpentier, formé en Italie, écrit "ritornelle".

Revenons à nos armoires ! J'ai également trouvé le portrait de Jean-Philippe Rameau, autre grand compositeur d'opéras.

Mais pas de page d'opéra : les ritournelles, si elles existent bien, ne sont pas signalées sur les partitions (du moins celles que j'ai consultées). Mais que ça ne vous empêche pas d'écouter un peu de musique, le célèbre chœur « forêts paisibles » des Indes galantes, par exemple.

Je termine cette promenade musicale avec la reproduction d'une gravure de 1695 : un homme-orchestre équipé pour jouer toutes sortes de ritournelles ! 



 

 

 

3 juin 2026

50 nuances de littérature #5

Après le tour du monde (qui n'est peut-être par terminé…), j'entreprends de visiter, par mes lectures, chacun des États-Unis d'Amérique. En mai, grâce aux ponts et à mon voyage à Lyon, j'ai beaucoup lu : 7 livres (plus un écouté en faisant du ménage, entre autres, mais j'arrive hélas bientôt au bout du tout petit catalogue audio de ma médiathèque) – pour un total de 2705 pages, et j'ai visité 6 nouveaux états, ce qui porte les états visités à 22.

Californie
Leila Mottley, Arpenter la nuit.

Kiara, dix-sept ans, et son frère aîné Marcus vivotent dans un immeuble d’East Oakland. Livrés à eux-mêmes, ils ont vu leur famille fracturée par la mort et par la prison. Si Marcus rêve de faire carrière dans le rap, sa sœur se démène pour trouver du travail et payer le loyer. Mais les dettes s’accumulent et l’expulsion approche. Un soir, ce qui commence comme un malentendu avec un inconnu devient aux yeux de Kiara le seul moyen de s’en sortir. Elle décide de vendre son corps, d’arpenter la nuit. Rien ne l’a pourtant préparée à la violence de cet univers, et surtout pas la banale arrestation qui va la précipiter dans un enfer qu’elle n’aurait jamais imaginé.
Malgré la gravité du sujet, ce livre, écrit par une jeune femme de l'âge de l'héroïne, ne tombe pas dans le sordide : Kiara est encore capable d'aimer et d'apprécier les petits bonheurs de la vie. La relation qu'elle crée avec son petit voisin de neuf ans, abandonné par sa mère toxicomane, illumine tout le roman, ainsi que sa très forte amitié (voire plus) avec sa complice de toujours, Alé. On reste cependant sous le choc d'une telle injustice (l'autrice s'est inspirée d'une véritable affaire qui a secoué la société d'Oakland), mais également admiratif de la finesse d'analyse et de la beauté de la langue de Leila Mottley : vivement son deuxième roman ! 

« Je regarde la voiture et sa clique s'éloigner.
— Hey, t'es une des filles de Demond ? me demande l'un des types qui fument des cigares sur les marches.
— Non, je suis là pour voir Camila, je réponds en m'approchant.
La peur ne fait rien d'autre que nous peindre le cou en rouge, leur montrant à eux tous à quel point ce serait facile de nous déchirer en deux. »

« Alé lui fait signe de s'approcher et il se précipite droit sur nous. Je n'ai pas souvenir de l'avoir vu retirer son T-shirt mais il ne le porte plus, et quand je vois son torse j'ai envie de l'enlacer et de câliner son corps en pleine croissance et tout le reste. Ce gamin est un miracle. C'est ma pluie d'automne. La dernière image que j'ai du soleil avant qu'il se couche. Les journées seraient impossibles sans Trevor. Même pas sûre que le soleil se lèverait sans lui. »

« Le plus souvent, je me dis que je ne crois en rien, sauf que la façon dont la nuit met des couleurs sur tout me donne envie de croire. Pas à l'au-delà, ni au paradis, ni à aucune de ces conneries. Ça, c'est juste des trucs qui nous font sentir mieux par rapport à la mort et moi je n'ai aucune raison de craindre la mort. Je crois simplement que les étoiles pourraient s'aligner et atteindre un autre monde. Pas la peine que ce soit un monde meilleur parce que ça, ça n'existe sûrement pas. Je pense que c'est autre chose, un quelque part où les gens marchent un peu différemment. Si ça se trouve, ils parlent par vibrations. Ou alors ils ont tous le même visage, ou pas de visage du tout. Quand j'ai le temps de fixer le ciel, j'imagine avoir assez de chance pour apercevoir ce quelque chose. Mais je finis toujours par être ramenée sur cette planète. »

 

Maryland
Barbara Kingsolver, L'arbre aux haricots.

J'avais lu le deuxième tome il y a des années, sans remarquer qu'ils s'agissait d'une série. J'en avais gardé le souvenir d'une histoire attachante et j'ai beaucoup aimé ce début.

Taylor Greer n'a pas l'intention de finir ses jours dans le Kentucky, où les filles commencent à faire des bébés avant d'apprendre leurs tables de multiplication. Dès qu'elle amassé assez d'argent, elle quitte la région au volant d'une vieille coccinelle, décidée à rouler vers l'Ouest jusqu'à ce que sa voiture rende l'âme. Mais dans le désert de l'Oklahoma, en plein territoire Cheyenne, une femme dépose une couverture sur son siège passager : elle enveloppe une toute petite fille. Le soir venu, en lui donnant un bain, Taylor découvre des traces de coups (et bien pire) sur ses membres et décide de la garder avec elle.
Son périple s'interrompt à Tucson, dans l'Arizona : elle y rencontre des femmes généreuses qui font face avec courage à des situations précaires et à des lois inhumaines. Avec beaucoup d'amour, d'énergie et une bonne dose d'humour, elles construisent une famille peu ordinaire.

« Le plus étonnant c'est le besoin qu'avait cet enfant de se cramponner à quelque chose. Dès l'instant où je l'ai arraché à son nid de laine, il s'est agrippé à moi avec ses petites mains comme une racine qui cherche l'humidité dans le désert. Je crois qu'il aurait été plus facile de me séparer de mes cheveux. »

« C’est difficile à expliquer, mais il y a des horreurs qui se situent au delà des larmes. Pleurer, ce serait comme se faire du souci parce que les meubles vont être tachés quand la maison est en flammes. »

« Tu sais ce qui me tue ? lui ai-je demandé. C'est que les gens vous traitent d'illégaux. Ça me met hors de moi, je sais pas comment vous pouvez le supporter. Un être humain peut être bon ou mauvais, il peut avoir raison ou tort, j'imagine. Mais comment est-ce qu'on peut dire de quelqu'un qu'il est illégal ? 
— Je ne sais pas. C'est à toi de me le dire.
— On peut pas. Un point c'est tout. »

 

Caroline du Sud
Ron Rash, Le monde à l'endroit.

Travis Shelton, 17 ans, découvre un champ de cannabis en allant pêcher la truite au pied de Divide Mountain, dans les Appalaches. C'est un jeu d'enfant d'embarquer quelques plants sur son pick-up. Trois récoltes plus tard, Travis est surpris par le propriétaire, Toomey, qui lui sectionne le tendon d'Achille, histoire de lui donner une leçon. 
Mais ce ne sera pas la seule de cet été-là : en conflit ouvert avec son père, cultivateur de tabac intransigeant, Travis trouve refuge dans le mobile home de Leonard, un prof déchu devenu dealer. L'occasion pour lui de découvrir les lourds secrets qui pèsent sur la communauté de Shelton Laurel depuis un massacre perpétré pendant la guerre de Sécession. Confronté aux ombres troubles du passé, Travis devra également affronter les épreuves du présent. Le père, Toomey, Leonard, trois figures qui incarnent chacune une forme d'autorité masculine, vont tragiquement façonner son passage à l'âge d'homme.

« Le soleil poursuivit sa lente ascension au-dessus des montagnes à l'est. Pendant quelques minutes Leonard regarda la lumière glisser sur le pré, une large vague brillante qui allumait des étincelles dans l'herbe givrée. Il avait toujours aimé cette époque de l'année, le monde semblait se dépouiller de sa vieille peau à la façon d'un serpent, tout était originel et coloré, animé d'une pulsation plus forte. Pas seulement ce que voyaient vos yeux mais aussi le son métallique d'une cloche de vache, l'odeur de la fumée de bois, le contact du fer glacé d'une barrière à bestiaux. Le paysage tel un destin, mais aussi la beauté dans ce paysage. »

« “Tu sais qu'un lieu est hanté quand il te paraît plus réel que toi.” Dès que Leonard eut prononcé ces mots, Travis sut que c'était ce qu'il éprouvait, pas seulement à l'instant, mais pendant toutes ces années quand en labourant il déterrait des pointes de flèches. Lorsqu'il frottait les couches de terre pour les faire tomber, il avait toujours eu l'impression désagréable que les pointes de flèches étaient vivantes, comme les trichoptères dans leur épais fourreau. Il avait tenté de comprendre l'idée que le temps passait moins vite qu'il ne se déposait sur les choses en couches successives, comme si sous la surface du monde le passé continuait à se dérouler. »

 

Colorado
Kent Haruf, Nos âmes la nuit.

Addie, 75 ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf: voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Mais voilà, bientôt, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et surtout par peur du qu’en-dira-t-on.
Un joli petit roman qui parle d'amitié, de solitude, de vieillesse qui n'empêche pas de faire des projets, mais aussi de tolérance (ou pas) et de chantage aux sentiments. 
J'ai très envie, maintenant, de voir le film avec Robert Redford et Jane Fonda !
Et comme les critiques sont très partagées au sujet de ce livre, je pense que je vais en lire un autre du même auteur. 

« Holly vient pour le week-end du Memorial Day. Je crois qu’elle veut me botter les fesses. — Comment cela ? — Je crois qu’elle a eu vent de notre histoire. Je crois qu’elle veut que je me tienne bien. — Et vous en pensez quoi ? — De bien me tenir ? Mais je me tiens bien. Je fais ce dont j’ai envie et ça ne fait de mal à personne. J’espère d’ailleurs que c’est vrai pour vous aussi. — Ça l’est. »

« Allongés l’un à côté de l’autre, ils écoutaient la pluie. — On dirait que, comme pour moi, la vie n’a pas très bien tourné pour toi, en tout cas pas comme on l’espérait, dit-il. Sauf qu’elle me parait douce aujourd'hui, en cet instant. Plus douce que je ne mérite, en tout état de cause. — Oh mais si, tu mérites d’être heureux. Tu ne le crois pas ? »

Kent Haruf, Le chant des plaines.

L'auteur nous entraîne au coeur de cette Amérique profonde que l'on ne connaît pas assez. Nous sommes dans un bled perdu du Colorado : dans le bruissement des éoliennes et le piétinement des troupeaux, des destins se croisent. Une lycéenne demi-indienne de dix-sept ans, enceinte d'un garçon parti sans laisser d'adresse, est jetée à la rue par sa mère. Un prof du lycée du coin tente de s'en sortir avec deux gamins sur les bras après la fuite de sa femme dépressive. Ce petit monde se retrouve bientôt dans la ferme des McPheron, deux vieux célibataires bourrus mais généreux et profondément humains.
J'ai dévoré ce roman en quelques jours, puis découvert que j'avais, un peu par hasard, emprunté la suite !

« Ils étaient sidérés. Ils la dévisagèrent, la considérant comme si elle pouvait être dangereuse. Puis ils examinèrent les paumes de leurs épaisses mains calleuses étalées devant eux sur la table de la cuisine et, enfin, ils regardèrent par la fenêtre vers les vieux ormes dénudés.
— Oh, je sais que ça a l'air fou, dit-elle. Je suppose que ça l'est. Je n'en sais rien. Je m'en fiche, en fait. Mais cette fille a besoin de quelqu'un et je suis prête à prendre des mesures désespérées. Elle a besoin d'une maison pendant ces quelques mois. Et vous, elle leur sourit, espèces de vieux croûtons solitaires, vous avez besoin de quelqu'un aussi. Quelqu'un ou quelque chose d'autre qu'une vieille vache rousse à soigner ou pour qui vous inquiéter. C'est trop isolé par ici. Regardez-vous. Vous allez mourir un jour sans avoir eu assez d'ennuis dans la vie. Pas dans le bon sens, en tout cas. C'est une chance pour vous.
Les frères McPheron s'agitaient sur leurs chaises. Ils la regardaient d'un air soupçonneux.
— Eh bien ? demanda-t-elle. Qu'en pensez-vous ? 
Ils ne dirent rien.
Elle éclata de rire. — Je crois que je vous ai coupé le sifflet. Vous y réfléchirez, au moins ?
— Bon dieu, Maggie, dit enfin Harold. Revenons à l'argent. Ça serait beaucoup plus facile de parler argent.
— Oui, effectivement. Mais ce serait nettement moins drôle.
— Drôle. En voilà un joli mot pour ce dont vous parlez. C'est plutôt catastrophe ou déroute que vous devriez employer, doux Jésus.
— D'accord, dit-elle, j'ai essayé. »

« Et ainsi, les deux frères McPheron se mirent à discuter bétail, abattoir et bouvillons de choix, génisses et veaux de lait, expliquant tout cela aussi, et entre eux trois, ils discutèrent à fond de toutes ces choses, jusque tard dans la soirée. Parlant. Conversant. S’aventurant un peu dans d’autres sujets assez divers. Les deux vieux bonshommes et la fille de dix-sept ans assis devant la table de la salle à manger en pleine campagne après la fin du dîner, et après avoir nettoyé la table, tandis que dehors, au-delà des murs de la maison et des fenêtres sans rideaux, un vent du nord bleu et froid commençait à souffler une nouvelle série de bourrasques hivernales sur les hautes plaines. »

Kent Haruf, Les gens de Holt County.

Nous retrouvons Raymond et Harold McPheron, la jeune Victoria, désormais mère d'une petite Kathy, mais également un jeune garçon qui vit dans la précarité avec son grand-père, ainsi qu'un couple vivant des aides sociales et incapables de faire face à leur rôle de parents. Le roman se divise en trois parties : l'exposition de ces vies modestes et de l'équilibre fragile sur lequel elles reposent, une période où tout bascule dramatiquement, puis un timide retour à l'optimisme, le tout raconté avec beaucoup de tendresse de l'auteur pour ses personnages. Ce livre m'a beaucoup touchée, abordant avec délicatesse les thèmes de l'indigence, de l'alcoolisme, la maltraitance, la peur, la dépression sans sombrer dans le sordide.

« Et puis à l'extérieur de la maison, par-delà la pièce silencieuse dans laquelle ils se trouvaient, la nuit commença à descendre le long de la rue. (...) Plus loin, en dehors de la ville, là-bas dans la hautes plaines, les lumières bleues des cours, sur leurs grands poteaux, s'allumeraient dans toutes les fermes et dans tous les ranchs isolés de tout cette région plate et sans arbres, et pue après le vent se lèverait, soufflant sur les grands espaces, voyageant sans rencontre d'obstacles à travers les champs immenses plantés de blé d'hiver, à travers les prairies naturelles ancestrales et les chemins de gravier, transportant avec lui une lumière pâle alors que l'obscurité progressait et la nuit s'installait. »

« Elle l'emmena dans sa chambre et alluma une petite lampe à côté du lit. Puis elle se planta devant lui, déboutonna sa chemise en lainage bleue et la lui retira. Il était maigre et nerveux, avec une forêt de poils blancs sur la poitrine. Et maintenant, vous voulez bien me déboutonner? dit-elle. Elle se retourna. J'y connais rien du tout. Mais si. Je suis sûre que vous savez défaire des boutons. Bon, fit-il. Après tout, je suppose que ça revient à peu près au même que compter les pas quand on valse. Elle rit. Vous voyez. Ce n'est pas si mal. Vous avez plaisanté. »

 

Rhode Islan
Cormac McCarthy, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme.

Un matin, à la frontière du Texas et du Mexique, un homme tombe par hasard sur les traces d’un carnage : des cadavres, un agonisant, des armes, de l’héroïne, et plus de deux millions de dollars en liquide. L’auteur de cette macabre découverte se nomme Llewelyn Moss. En empochant l’argent, il sait qu’il se met en danger. Mais il ignore la nature exacte des puissances qu’il a réveillées. Elles prennent la forme d’une horde sauvage composée d’hommes de sac et de corde, d’un ancien officier des Forces spéciales, et surtout d’un tueur travaillant pour son propre compte, et dont il ne doit attendre aucune miséricorde. Face à ces envoyés du chaos, Moss et sa jeune femme paraissent bien vulnérables, et les "forces de l’ordre" bien incapables de les protéger. Commence alors une folle cavale à travers des paysages lunaires et des villes-fantômes, monde nocturne que vient seulement troubler le fracas des armes automatiques.
J'avais vu il y a des années le film des frères Cohen, mais je ne me souvenais plus des détails (ni même de la fin) et j'ai été happée par le suspense de cette cavale ponctuée de cadavres. Le personnage du shérif, narrateur invisible, qui cherche à comprendre les causes de cette violence, apporte une touche d'humanité et d'espoir.

« Le problème c'est pas de savoir où on est. Le problème, c'est qu'on croit qu'on y est arrivé sans rien emporter avec soi. Cette idée que t'as de repartir à zéro. Que tout le monde a. On repart pas à zéro. C'est ça le problème. Chaque chose que tu fais tu la fais pour toujours. Tu ne peux pas l'effacer. Rien de ce que tu fais. »

« On dit que les yeux c'est les fenêtres de l'âme. Je me demande de quoi ces yeux-là étaient les fenêtres et je crois que j'aime mieux ne pas le savoir. Mais il y a un peu partout une autre vision du monde et d'autres yeux pour le voir et on y va tout droit. Ça m'a amené à un moment de ma vie auquel j'aurais jamais pensé que j'arriverais un jour. Y a quelque part un prophète de la destruction bien réel et vivant et je ne veux pas avoir à l'affronter. Je sais qu'il existe. J'ai vu son œuvre. Je me suis trouvé une fois en face de ces yeux-là. Et je ne recommencerai pas. Et je ne vais pas pousser tous mes jetons sur le tapis et me lever pour le défier. Ce n'est pas seulement à cause de mon âge. je voudrais bien que ce soit ça la raison. Je ne peux même pas dire qu'il s'agit de savoir à quoi on est prêt. Parce que j'ai toujours su qu'il faut être prêt à mourir rien que pour faire ce métier. Ça a toujours été vrai. Ce n'est pas pour me vanter ni rien mais c'est comme ça. Si t'es pas prêt ils le sauront. Ils le verront. En un clin d'œil. je crois plutôt qu'il s'agit de savoir ce qu'on accepte de devenir. Et je crois qu'il faudrait jouer son âme. Et ça je ne le ferai pas. Je pense à présent que je ne le ferai sans doute jamais. »

 

Maine
Stephen King, Billy Summers (livre audio).

Billy Summers est un tueur à gages – le meilleur –, mais il n’accepte de liquider que les méchants. Aujourd’hui, il veut décrocher. Avant cela, seul dans sa chambre, il se prépare pour sa dernière mission...
À la fois thriller, récit de guerre, road trip et déclaration d’amour à l’Amérique des petites villes, Billy Summers est l’un des textes les plus surprenants de l’œuvre de Stephen King, qui y a mis tout son génie et toute son humanité.

Je n'avais jamais rien lu de cet auteur. J'ai été surprise d'y trouver beaucoup d'humour et d'émotions. Peut-on trouver un tueur à gages attachants ? Eh bien oui ! 

« Assis dans le hall de l’hôtel, Billy Summers attend la voiture qui doit venir le chercher. On est vendredi midi. Bien qu’il soit en train de lire une bande dessinée intitulée Les Copains et les copines d’Archie, c’est à Émile Zola qu’il pense, et plus particulièrement à son troisième roman, celui qui l’a fait connaître : Thérèse Raquin. Il se dit que c’est en tout point le roman d’un jeune homme. Et que Zola commençait seulement à exploiter un filon qui allait se révéler aussi profond que fabuleux. Il se dit que Zola est la version cauchemardesque de Charles Dickens. Voilà qui ferait un sujet intéressant pour un essai. S’il devait en écrire un. »
« Le salon est aussi long qu’un wagon Pullman. Il y a trois lustres au plafond, deux petits et un gros. Les meubles bas ont des lignes arrondies. Deux autres chérubins soutiennent un miroir en pied. Une horloge de grand-mère semble avoir honte d’être là. »
« Billy se demande si Ken Hoff est sur les tablettes de Colin White et des autres employés de Business Solutions. Sans doute pas. Les individus auxquels Hoff doit de l’argent – car il a des dettes, Billy en est convaincu – ne vous relancent pas par téléphone. Au bout d’un moment, ils débarquent chez vous, ils noient votre chien dans la piscine et vous cassent les doigts, en choisissant la main qui ne signe pas les chèques. »

 

Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.

Alaska
David Vann, Komodo.

Arkansas
John Grisham, La chance d'une vie.
John Grisham, Les oubliés. (livre audio)

Arizona
Brady Udall, Le polygame solitaire.

Massachussets
Russell Banks, Trailerpark.

Michigan
Laura Kasischke, Esprit d'hiver.

Minnesotta
Louise Erdrich, Comme des pas dans la neige.

Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.

Montana
Dorothy M. Johnson, La colline des potences.

New Hampshire
Joyce Maynard, L'hôtel des oiseaux (livre audio).
Joyce Maynard, Baby love.

New Jersey
Paul Auster, Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?
Paul Auster, Baumgartner.

New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.
Douglas Kennedy, Ailleurs chez moi (livre audio).

Ohio
Toni Morrison, Sula.

Pennsylvanie 
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road.

Michael Connelly, Le poète (livre audio).
Michael Connelly, L'épouvantail (livre audio).

Vermont
Robin MacArthur, Les femmes de Heart Spring Mountain.

1 juin 2026

Mai, comme il me plaît

Mai a été un mois de contrastes, à commencer par la météo sans nuances : le très beau a alterné avec le très pluvieux et les températures ont été extrêmes, dur à supporter pour des organismes déjà fatigués. Pas mal de soirées festives ou de spectacles ont ponctué le mois et les jours fériés (et une petite semaine de vacances) ne m'ont pas reposée du tout. Côté jardin, les roses sont magnifiques, le potager prospère et le cerisier après avoir perdu plus de 50 % de ses fruits à cause de la grêle, du vent et des perruches (qui les font tomber) nous donne de belles cerises rouges, plus grosses que jamais, reste à les cueillir avant les oiseaux (qui ont dépouillé toutes les branches hautes et commencent à s'attaquer à celles qui nous sont réservées).

1/ Aurore est partie en oubliant son alto ! D'un coup de vélo, je le lui apporte et tombe sur toute la troupe, attendant les cars, encadrée par des elfes, farfadets, korrigans et autres magiciens : un beau WE scout qui se profile (et pas trop de pluie, on espère).
2/ Ce samedi a été bien tranquille, j'en ai profité pour arracher un plein sac de chardons et d'orties (soupir…)

3/ Après une pièce d'étude vendredi, Marie se lance, avec du Liberty, et réussit parfaitement ses fausses poches passepoilées.
4/ Une belle soirée au Théâtre des Champs-Élysées, avec des musiciens et des chanteurs excellents et de la très belle musique. Seuls bémols : le livret est vraiment indigent et les rangées de sièges sont si serrées que Guillaume ne peut pas s'asseoir normalement et que j'ai le genou de mon voisin contre le mien (et il bat la mesure avec le pied, mais pas en cadence !)
5/ Nous répétons sans partitions (le chef a envoyé le programme au dernier moment) mais malgré la fatigue (la nuit a été très très courte), nos doigts ont de la mémoire.

6/ Nouvelle balade à l'Ehpad, je rencontre encore des nouveaux pensionnaires et nous découvrons un nouvel itinéraire de promenade, à travers champs. Tout le monde a été ravi de la sortie, malgré le vent frais.
7/ Les cordonniers sont les plus mal chaussés : ma généraliste a refusé de s'arrêter malgré sa grosse entorse et me reçoit en boitillant. Alors que je me désole d'avoir perdu tous mes réflexes de secouriste devant le malaise de Guillaume, elle me raconte comment elle a laissé s'étouffer son mari…

8/ Après être rentrée en larmes et avoir passé la soirée à pleurer (l'examinateur a freiné et son moniteur a confirmé que c'était très mal parti), Aurore découvre ce matin qu'elle a réussi son permis avec le meilleur score de la famille ! Ce qui signifie qu'elle doit vraiment bien conduire, finalement. Nous partons donc joyeusement pique-niquer et randonner avec sa marraine et son mari, par une belle journée ensoleillée.
9/ Au moment de ranger le couvercle du saladier de pique-nique au-dessus du placard, je décide de nettoyer celui-ci (ce que je fais une fois par an)… puis je passe à la rangée de placard d'à-côté, à la bouche de VMC et aux façades des meubles, aux recoins des plans de travail, au sol. 4h de ménage, entrecoupé d'une répétition et du déjeuner, je suis lessivée (c'est le cas de le dire) mais ma cuisine est reluisante.

10/ J'accompagne la nouvelle conductrice récupérer son alto et faire le plein de GPL, avec Marie et Paul, et… je n'ai eu peur à aucun moment. Évidemment quelle a calé au feu vert ou en côte, passer du diesel au GPL n'est pas une sinécure, mais les conducteurs derrière étaient patients, pour la plupart.
11/ Après une semaine d'essais infructueux (par Wifi, blootooth, câble, sauvegarde avec un mot de passe à 64 caractères…) je réussis à transférer mon compte de messagerie d'un téléphone à l'autre, avec une manipulation déjà testée plusieurs fois.
12/ Ça y est, les 74 partitions du trimestre sont rangées en bon ordre dans le classeur. Le système mis en place cette année est tout de même beaucoup plus pratique : je n'ai plus à préparer le lutin pour chaque bal.
13/ La pluie m'empêche de sortir, j'en profite pour cocher quelques cases de mon planning de grands nettoyages annuels (plafonds, bouches de VMC, lustres…)
14/ Les vacances d'été s'organisent doucement, avec la réservation de billets de TER pour nos vélos (compliquée, cette affaire !)
15/ Par une belle matinée (avant le retour des orages), nous allons à vélo et en famille faire le plein de plants de tomates, courgettes et concombres.

16/ Nous nous mettons à l'abri au cinéma, pour voir (et entendre) Nous l'orchestre, fabuleux documentaire.
17/ Avec Marie, nous assistons au baptême d'Augustin, une belle célébration (et un bébé adorable).
18/ La pluie qui tombe sans cesse et le froid affectent tellement notre moral que nous actionnons le plan ultime : croque-monsieur et pop-corn devant The Big Lebowski.
19/ Courage, c'est le dernier jour de froid : je travaille avec un plaid sur les épaules, tout de même.
20/ Mieux vaut repérer un itinéraire à vélo plutôt sur sur une carte : le petit jardin que je pensais traverser est assez moche, mais la petite ruelle à côté est charmante et bordée de rosiers fleuris et parfumés, je trouve une jolie enfilade de sentiers piétons/vélos qui me mène à une passerelle dont la pente d'accès n'est pas trop raide, ce sera parfait pour ma prochaine balade à triporteur… quand j'aurai trouvé comment contourner ce bout de chemin barré par 3 plots métalliques. La journée se poursuit avec une petite animation folk à l'université, puis le ciné-débat organisé par l'Amap (et je pédale de l'un à l'autre sans aucune pause).
21/ Un hérisson mort traîne dans la rue voisine depuis une dizaine de jours, mais avec la chaleur arrivée soudainement, l'odeur lorsque l'on passe par là est insoutenable. Comme personne ne semble s'en préoccuper, Aurore et moi attrapons une pelle et des masques. 10 minutes plus tard, nous avons creusé un trou dans la bordure d'herbe, versé une bonne dose de chaux sur le malheureux animal, rebouché et placé une grosse pierre dessus : problème réglé.

22/ Contente d'avoir trouvé un sujet pour les photos de dimanche (et l'occasion d'une petite balade digestive).
23/ Un guitariste se joint à nous pour la messe et je découvre qu'il est le neveu de notre ancien diacre (10 ans déjà !)

24/ C'est aujourd'hui la fête surprise d'anniversaire de mon collègue, ami et prof de viole, avec au programme un escape-game dans les bosquets de Versailles, pour résoudre l'affaire des poisons. L'organisateur a eu des sueurs froides : alors que son public habituel ne connaît que Marie-Antoinette, puis le masque de fer et éventuellement Louis XIV, là il est tombé sur des équipes averties (notamment une historienne qui prépare un livre sur les "coupables" de l'énigme). La soirée s'est agréablement terminée vers minuit dans la cour du bureau (nous avions dû évacuer la salle à cause de l'alarme qu'on ne peut désactiver).
25/ Malgré la canicule, il y a deux volontaires pour une balade en triporteur. Je vais pour la première fois dans cet Ehpad et j'ai un "stagiaire" (pilote débutant), mais j'ai pris soin de repérer les alentours (heureusement, car les cheminements piétons-vélos sont parfois entravés par des plots infranchissables par notre véhicule). Je prête des chapeaux de soleil à nos passagères et nous partons pour une promenade de deux heures (avec gourdes d'eau et brumisateurs) qui les a enchantées : cueillette de roses, forêt, arrêt devant le parc des poneys et passage par l'église où nous avons discuté avec les bénédictines de Blaru, en visite.

26/ Le professeur d'alto d'Aurore donne un concert dans notre église : les variations Goldberg transcrites pour trio à cordes, un programme particulièrement virtuose ! Il est content de retrouver son ancienne élève après le concert.

27/ Tous mes trajets se sont bien enchaînés, mon TGV n'a que 5 min de retard (rien à voir avec la panne de la veille), juste le temps de retrouver Paul à la descente du tramway pour récupérer ses clés d'appartement. Je m'attelle à ma tâche (lessiver les plafonds), puis nous partons ensemble à vélo rendre visite à Amandine et ses parents, avant de retrouver Alice.

28/ Une petite balade matinale pour faire des photos et trouver un ustensile plus adapté pour le lessivage (l'escabeau est un peu bas pour moi), puis je me remets à mon nettoyage (entrecoupé par les vitres), je déjeune sur le balcon avec Alice, puis j'accompagne Paul au don du sang, où nous sommes reçus comme des VIP car il y expose ses photos durant les trois mois à venir, avant de faire un grand tour en centre-ville où je déniche le bouchon qu'il me fallait remplacer.

29/ Encore un petit nettoyage de vitres, puis j'accompagne Paul à la crèche et je reprends le tram. J'ai le temps pour une petite heure de lecture dans un square avant de prendre mon TGV (à l'heure, alors que les précédents ont été fortement retardés). Un métro, un train et un bus plus tard, j'arrive à la maison, contente de poser mon sac à dos.

30/ Nous avons deux petits bals cet après-midi : d'abord avec l'antenne locale du Secours Catholique, pour leur 80e anniversaire, bien animé, puis un anniversaire de mariage où la centaine d'invités participent joyeusement aux danses (guidés par la "mariée" qui fait preuve d'une autorité remarquable – elle est enseignante). Nous avons eu très chaud, avons dépensé beaucoup d'énergie (nous n'étions que 4 musiciens) dans des salles très bruyantes, aussi pensons-nous trouver un peu de repos en allant au restaurant… sauf que nous arrivons pendant la prolongation du match, projeté sur écrans géants dans une ambiance survoltée. Tant pis, on reste ! 

31/ J'ai reçu un beau bouquet et un petit cadeau utile pour la cuisine, j'ai failli faire la sieste dans le hamac mais quelques gouttes de pluie m'ont poussée à rentrer, j'ai liquidé le repassage devant Cousu-Main avec Aurore, puis nous sommes allées courir toutes les deux (franchement, je crois qu'aucune n'en aurait eu le courage toute seule). Et le journal familial a été bouclé plusieurs heures avant la limite, une première (certains adorent jouer avec le feu et il y a eu un gros ratage le mois dernier).

31 mai 2026

52/2026 : arabesque

Ce dimanche, c'est un motif qu'il s'agit d'illustrer chez Anne. J'ai essayé de prendre la définition de ce mot :

1. Ornement peint ou sculpté spécial, d'origine islamique ou non, employé en décoration.
2. Ligne idéale, sinueuse, résumant le rythme essentiel d'une composition peinte, dessinée ou sculptée.
3. 
Figure d'équilibre de la danse académique, de forme linéaire, dans laquelle une jambe étant en appui au sol (pied à plat, sur pointe ou demi-pointe), l'autre élevée en arrière, le buste prend différentes positions, un des bras tendus en avant, l'autre en arrière.

Pour le 1, j'ai tenté de trouver un hammam, un salon de beauté ou une mosquée au cours de mes balades lyonnaises, sans succès. Je ne passais pas dans les bons quartiers.
Pour le 3, en revanche, j'étais juste en face :

Et pour le 2, j'ai marché jusqu'au cimetière de la Guillotière où j'ai trouvé des arabesques à foison.

 

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26 mai 2026

Couture express

En pleine canicule, à la veille de partir en voyage dans une région où il fait encore plus chaud, je me suis dit qu'il me fallait absolument un mini-sac dans lequel je pouvais caser ma gourde et l'isoler du téléphone. Je savais qu'Aurore avait une banane idéale pour cela, j'avais une petite matinée devant moi, j'ai décidé de m'en coudre une.
9h45, j'ai tracé un patron.
9h55, j'ai sorti un ancien rideau et je l'ai repassé.
10h, je suis allée acheter des courgettes et des tomates.
10h30, j'ai coupé un morceau de fermeture au mètre et entoilé les pièces.
11h15, je suis descendue préparer une ratatouille.
12h15, ma banane était terminée !

Avoir une fermeture de la bonne couleur, une sangle et des boucles était un pré-requis indispensable.

Et malgré une nuit pénible, un peu de fraîcheur matinale m'a aidée à ne pas faire de bêtise : le découd-vite est resté sur la table, pour une fois. J'ai ajouté une poche plaquée intérieure pour mon téléphone.

J'ai trouvé le montage astucieux : la bande du fond a des plis près de la fermeture (ce qui évite un patron au millimètre près) et un trapèze vient réunir les extrémités de la banane et la sangle.

C'est si rapide à coudre que j'en ferai probablement d'autres, peut-être même pour des cadeaux.

J'ai désormais un accessoire à la mode (c'est assez rare pour moi) !

24 mai 2026

52/2026 : Fables

Pour une fois, j'avais regardé à l'avance le thème proposé par Anne pour ce dimanche et j'y avais réfléchi.
Alors que je cherchais un prétexte pour sortir un peu pendant ma pause vendredi midi (puisqu'il fait enfin beau !), j'ai pensé que je trouverais peut-être un sujet adéquat parmi les peintures réalisée par l'École d'art mural (autrement dit trompe-l'œil de Versailles) : pendant quelques années, la ville a demandé aux élèves de peindre les vilaines armoires électriques placées un peu partout dans les rues. Ces travaux avaient lieu en juin et je me suis parfois arrêtée pour voir les peintres à l'œuvre.
Une petite recherche sur internet et bingo : le boulevard de la Reine a été dédié à La Fontaine et ses fables.

45 minutes de marche qui m'ont ramenée dans mon ancien quartier

Je suis passée devant les écoles maternelle et primaire

J'ai remarqué des changements, de nouvelles boutiques

et aussi quelques fables que je ne connaissais pas

Le soleil et l'heure (en plein midi) ne m'ont par toujours aidée

certaines auraient besoin d'un nettoyage, voire d'une petite restauration

et il y a même un jeu de mots

J'ai deux autres balades à faire : Molière et La musique

17 mai 2026

52/2026 : fantaisie

Je trouve que le mot proposé par Anne cette semaine, est une fois encore difficile à illustrer ! 
J'ai bien dans mon tiroir des boutons fantaisie, achetés sur des salon ou offerts par des couturières plus douées que moi en modelage, mais je ne sais pas trop comment les utiliser : trop irréguliers pour être boutonnés, ils sont purement décoratifs et je n'ai pas d'inspiration pour les mettre en valeur. Un jour, peut-être…

L'autre objet que j'associe immédiatement à "fantaisie", ce sont les bijoux. J'en possède peu de précieux et je porte toujours les mêmes (ma médaille de baptême, ma bague de fiançailles).

J'ai toutefois une petite collection de colliers fantaisie, que je mets peu (incompatibles avec le violon, notamment), un peu plus en été.

Les bracelets me gênent pour travailler, je les sors donc très peu de la boîte

Mais il y a un collier que j'ai porté fièrement pendant plusieurs années (le vernis a très mal vieilli)

Après notre déménagement il a été décidé dans nos écoles de ne plus confectionner quoi que ce soit pour les fêtes des mères et pères, je n'en ai donc pas d'autre.

10 mai 2026

52/2026 : rouge

Ce dimanche, chez Anne, on voit rouge ! Et ça tombe, bien, ma semaine était presque de cette couleur (sans aucun colère…)

Mercredi, j'ai enfourché mon vélo rouge pour promener "mes" pensionnaires (au bout de 6 ou 7 balades, je découvre encore de nouveaux visages), et nous avons expérimenté un nouvel itinéraire à travers champs.

Au début, le soleil a été du voyage, mais pour la deuxième balade, j'ai dû sortir les couvertures rouges car mes passagers avaient froid. J'espère qu'ils ne se sont pas enrhumés, en tout cas, moi je le suis maintenant ! 

J'ai dû aussi me résoudre à dire adieu à mon téléphone obsolète (il a tout de même tenu 7 ans, pour un modèle qui n'était pas de prime jeunesse à son achat, ce n'est pas mal). J'espérais que le nouveau serait un peu plus petit, mais ce n'est hélas pas la tendance actuelle.

Je me régale de fraises, au petit déjeuner ou en dessert.

J'ai besoin d'un pantalon pour l'été et j'avais un métrage de satin de coton, acheté il y a longtemps au marché : hop, lavage préalable pour éviter toute mauvaise surprise.

Ma jolie gourde légère (car non-isotherme) me réjouit toujours :

Et puis… c'est reparti pour un tour ! 

 

4 mai 2026

50 nuances de littérature #4

Après le tour du monde (qui n'est peut-être par terminé…), j'entreprends de visiter, par mes lectures, chacun des États-Unis d'Amérique. En avril, j'ai lu 4 livres (et j'en ai écouté 3) – un total de 2984 pages, visité 4 nouveaux états, ce qui porte les états visités à 16.

Minnesotta
Louise Erdrich, Comme des pas dans la neige.

Ce livre est une nouvelle publication de deux romans : Traces (1988) et sa suite, Quatre âmes (2004). En 1912, Après une épidémie de variole, le froid et la famine s'abattent sur une réserve du Dakota du Nord alors que les Indiens Ojibwés luttent pour conserver le peu de terres qu'il leur reste. Fleur Pillager résiste de toutes ses forces au saccage écologique et à l'effacement culturel qui menace son peuple, mais finit elle aussi par perdre sa terre. Sa soif de vengeance la mènera jusqu'à Minneapolis, avant son retour parmi les siens. C'est Nanapush, un ancien de la tribu, et Pauline, une jeune métisse, qui mènent tour à tour le récit.
J'ai eu beaucoup de mal avec l'écriture très imagée, mêlant récits et époques, rêve et réalité. Je peinais à lire une dizaine de pages par soir. La deuxième partie, écrite vingt ans après, m'a paru plus fluide.

« Coudre, c’est prier. Les hommes ne le comprennent pas. Ils voient l’ensemble, mais ils ne voient pas les coutures. Ils ne voient pas le discours du créateur dans le travail de l’aiguille. Nous raccommodons. Nous, les femmes, nous retournons les choses pour les mettre à l’endroit. Nous sauvons ce que nous pouvons des vêtements humains et rapiéçons le reste pour en faire des couvertures. »

« Jadis, nous étions un peuple qui ne laissait pas de traces. Aujourd’hui, nous sommes différents. Nous laissons une profonde empreinte sur la terre. Moi aussi, j’ai laissé mes traces. J’ai laissé ces mots derrière moi. Mais alors même que je les écris, je sais qu’ils sont comme des pas dans la neige. Au printemps, ils auront disparu. »

« C’est alors que j’ai commencé à voir ce que nous risquions de devenir, ce que les années m’ont confirmé : une tribu de classeurs et de formulaires en triple exemplaire, une tribu de papier à interligne simple, une tribu de directives, de décisions, politiques. Une tribu d’arbres broyés en pulpe. Une tribu de gribouillis que le vent peut éparpiller et qu’une allumette peut réduire en cendres. »

 

Connecticut
Annie Proulx, C'est très bien comme ça.

L'autrice nous plonge dans le quotidien de quelques habitants du Wyoming : anciens cow-boys dans une maison de retraite, fermiers qui peinent à joindre les deux bouts, indiens chassant le bison, ou l'histoire douloureuse de Rose et Archie, d'autres nouvelles qui touchent au surnaturel. Les deux nouvelles autour du diable ne m'ont par emballée (et je ne suis pas la seule, à en lire les critiques), on se demande ce qu'elles font dans ce recueil.

« Sur de petits rebords et saillies de la roche des plantes fleurissaient. Couleurs et lieux atteignaient à une si rare perfection qu'elle en éprouva une grande tristesse. Pourquoi ? Elle n'en savait rien mais songea que la cause en était peut-être un sens du spirituel qui remontait à l'origine des temps. Dans cet endroit sauvage, il n'y avait aucun signe de l'homme sinon le bruit occasionnel et presque indistinct d'un jet volant très haut. La solitude provoquait des réflexions existentielles. »

« La chaleur de juillet était étouffante, l’air vibrait, le sol sec ressemblait à un sabot de mouton qu’on aurait gratté. Le soleil décolorait tout et la Petite Weed n’était qu’un filet d’eau qui coulait entre des pierres sans éclat. »

 

New Hampshire
Joyce Maynard, L'hôtel des oiseaux (livre audio).

Née d'une mère hippie, qui se trouve par hasard mêlée à une bande d'apprentis terroristes, Joan, six ans, orpheline, doit changer de nom et vivre avec sa grand-mère. Plus tard, après avoir connu le pire, elle trouve refuge dans un hôtel délabré au pied d'un volcan d'Amérique centrale. La propriétaire, Leila, l'accueille et lui redonne peu à peu le goût de vivre, mais le sort semble s'acharner sur la jeune femme, qui s'accroche cependant et se persuade qu'elle a droit elle aussi au bonheur.

« Une chose sur les temps difficiles: quand on a atteint le fond, on ne peut que remonter. Debout sur le pont, tandis que je contemplais l'eau sombre et ses remous, je crois que j'ai compris autre chose. Mème si ce que je vivais était affreux, une petite partie de moi ne pouvait pas abandonner le monde. Pleurer un deuil immense, comme je le faisais, devait servir d'une certaine façon à me rappeler que la vie était précieuse. Même la mienne. Même alors. »

« Tant de choses méritaient mon amour. Pas seulement les oiseaux devant ma fenêtre tous les matins et, de nouveau, au coucher du soleil, quand des vols entiers s’élançaient à la surface de l’eau pour rejoindre l’endroit où ils nichaient la nuit. Il y avait le lever du jour et, toute aussi magnifique, le coucher du soleil suivi d’un ciel étoilé, la première bouchée d’une mangue cueillie sur l’arbre, le murmure des voix des pécheurs dans leur cayuco aux premières lueurs, les feuilles de tul enroulées autour des crabes encore vivants pour les empêcher de s’échapper ou de pincer. Il existait même un mot dans la langue d’ici pour désigner ce moment particulier, juste après le premier rayon de soleil au-dessus du volcan, mais avant que la lumière ne se répande sur la terre. Madrugada. Trouvait on un autre endroit sur terre où les habitants avaient nommé un angle particulier de la lumière matinale ? »

Joyce Maynard, Baby love.

À la fin des années 1970, quatre adolescentes sont confrontées à la maternité : Sandy, mariée à un garçon de dix-neuf ans pas du tout prêt à la vie de famille ; Tara, qui a toujours vécu seule avec une mère peu aimante et alcoolique ; Wanda, qui ne veut pas renoncer à ses sorties malgré son bébé de trois mois ; Jill, enceinte, et dans la peur de l’annoncer à ses parents. Toutes semblent convaincues que ce bébé les a rendues adultes, d'un coup, mais la plupart d'entre elles jouent encore à la poupée.  Sur les marches d’une laverie automatique, leur lieu de rendez-vous favori, elles se racontent leurs histoires et parlent télé, cinéma, magazines… Un jeune couple d'artistes New Yorkais, une jeune femme perdue qui sort d'une liaison avec un homme bien plus âgé  et une femme âgée et aigrie viennent compléter ce tableau de personnages perdus dans des vies qui les dépassent.

« C'est bien mieux d'avoir un vrai bébé qu'on peut cajoler, laver et pomponner, au lieu d'en rêver seulement. En janvier dernier, c'était un peu comme un paquet-cadeau qu'on promène partout sans y toucher, en se demandant ce qu'il y a à l'intérieur. On peut imaginer qu'il contient une bague en diamants, ou les clés d'une mobylette, ou encore autre chose. Mais une fois ouvert, on est toujours déçu même s'il s'agit de l'objet tant désiré. Maintenant qu'il est là, on n'attend plus rien. »

« Elles se taisent brusquement en voyant arriver Ronnie Spaulding qui va manger un morceau au Rocket Subs, le snack-pizzeria du coin. Wanda rejette ses cheveux sur ses épaules d'un mouvement de tête, et plaque Melissa contre son ventre. Elles semblent toutes très occupées à arranger la tenue de leurs bébés, et à les cajoler. Pour une fois, Tara n'a pas à chercher ce qu'elle va faire de ses mains. Après le passage de Ronnie elles échangent des petits rires entendus. Elles ne bavardent pas beaucoup. Il est vrai qu'elles ont déjà fait à peu près le tour des sujets essentiels. Par exemple, elles savent que c'est Virgil Rockwell qui a mis Jill enceinte, même si Virgil a du mal à croire qu'elle attend vraiment un bébé, et pense plutôt qu'elle veut se rendre intéressante auprès de ses amies. »

 

Vermont
Robin MacArthur, Les femmes de Heart Spring Mountain.

Lorsqu'en 2011, sa mère Bonnie est portée disparue suite à l'ouragan Irene qui vient de frapper la côte Est des Etats-Unis, Vale quitte précipitamment son travail de serveuse et de strip-teaseuse à la Nouvelle-Orléans pour revenir dans le Vermont, à Heart Spring Mountain, ce coin perdu de nature qui est le berceau de sa famille et où elle a passé toute son enfance. C'est la première fois depuis des années qu'elle revient dans ce lieu pauvre et rural, qu'elle a fui en même temps que la toxicomanie de sa mère. Alors qu'elle se lance désespérément sur les traces maternelles, c'est bientôt tout le passé familial qu'elle se retrouve à exhumer peu à peu, déterrant des secrets longtemps tus sur sa généalogie et se réconciliant finalement avec ses racines et sa terre d'origine.
Un peu perdue au début, lorsque les récits passent d'une génération à l'autre, j'ai commencé à tracer un arbre généalogique pour me repérer et me suis attachée aux différentes narratrices, que l'on devine, à travers leurs faiblesses, fortes et capables de résister à tout, notamment grâce à l'amour maternel qu'elles reçoivent et qu'elles offrent.

« Vale se lève et sort pour s'éclaircir un peu les idées. Il fait froid. Un vent mordant au parfum de résine monte de la rivière. Elle s'enveloppe dans son gilet, rabat le chapeau de Lena sur ses yeux et ses oreilles. Un peu plus haut dans la montagne, la fumée d'un feu de bois s'élève du chalet de Deb ; la lumière du soleil se reflète sur la fenêtre de la cuisine de Hazel. « Chez moi », murmure-t-elle, le paysage lui apparaissant sous un jour nouveau. »

« Tu sais comment on trouve de l'amour ? Quand tu es dans le ventre de ta maman, tu entends son coeur. C'est ça qui fabrique ton coeur à toi. Et quand tu sors de son ventre, tu as cet amour à l'intérieur de toi. Une maman est une usine à fabriquer de l'amour.»

 

Pennsylvanie
Michael Connelly, Le poète (livre audio)

Le policier Sean McEvoy est retrouvé mort dans sa voiture. Chargé d'une affaire de meurtre abominable, son enquête n'avançait pas. Lorsqu'il apprend le suicide de son frère, Jack, son jumeau, journaliste de faits divers, refuse d'y croire. En cherchant à comprendre, il découvre d'autres cas de policiers apparemment poussés au suicide par des meurtres non résolus. Tous ont été retrouvés avec, à leur côté, des lettres d'adieu composées d'extraits de poèmes d'Edgar Poe. Un effrayant tableau d'ensemble commence à se dessiner. Jack fait pression sur les agents du FBI pour qu'une enquête soit ouverte sur ces suicides en série.
C’est dans ce premier tome de la série que Jack fait (brutalement) la connaissance de Rachel Walling, profiteuse au FBI, avec laquelle il finit par faire équipe.

« — Quant aux violeurs, reprit-elle, leur pathologie ressemble énormément à celle des meurtriers. De très chics types, croyez-moi. Je sentais qu’ils me jaugeaient dès que j’entrais dans la pièce. Je savais qu’ils essayaient de calculer le temps dont ils disposaient avant que le gardien intervienne. Est-ce qu’ils pourraient m’avoir avant l’arrivée des renforts. Très révélateur de leur pathologie. Ils ne pensaient qu’en termes d’aide extérieure. Ils n’envisageaient pas que je puisse me défendre seule. Sauver ma peau. Pour eux, toutes les femmes étaient uniquement des victimes. Des proies. »

« La mort, c'est mon truc. C'est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d'un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence des personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J'ai toujours pensé que pour s'occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C'est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure. »

Michael Connelly, L'épouvantail (livre audio)

Alors que ma médiathèque propose les tomes 1 et 3 en livre audio numérique, le volume n'est disponible qu'en CD, j'ai donc profité d'être en vacances pour l'écouter.

Viré du L.A. Times, le journaliste Jack McEvoy hésite entre le dégoût et la rage. Mais c'est la fierté qui finalement l'emporte : avant de partir, il va écrire l'article de sa vie. Et les pontes de la direction n'auront plus que leurs yeux pour pleurer. A priori l'histoire d'Alonzo Winslow, un dealer meurtrier de 16 ans, n'a rien de prometteur : le gamin a avoué. Mais d'autres meurtres, bien antérieurs, semblent prouver le contraire. Embarqué dans une aventure qui le dépasse, Jack lance un S.O.S. à Rachel Walling, l'agent du FBI qu'il aime depuis toujours. Sans se douter que dans le même mouvement, il enclenche le piège machiavélique tendu par un tueur d'une intelligence et d'une cruauté ahurissantes.
Une lecture qui fait réfléchir sur la sécurité de nos données numériques et le fait que toute notre vie peut se trouver à portée d'un pirate informatique. Comme j'allais renouveler mon abonnement à la médiathèque, j'avais oublié ma pièce d'identité et je l'ai trouvée dans un message… je suis donc en train de ranger toutes les données sensibles de façon plus sécurisée (notre banque nous offre un coffre-fort numérique que nous avions oublié).

« — Non, c'est de l'amour de ta vie que je te parle. Tout le monde a une seule et unique âme sœur. La balle unique. Et quand on a de la chance, cette âme sœur, on la rencontre. Et quand c'est fait, quand on est frappé au cœur par cette balle, il n'y a plus personne qui compte. Quoi qu'il arrive... mort, divorce, infidélités, peu importe... personne n'arrive à la cheville de l'âme sœur. Voilà, c'était ça, sa théorie de la balle unique. »

« Pense au grand journalisme que nous avons connu. La corruption débusquée, le bien public. D'où tout cela va-t-il venir, maintenant que tous les journaux du pays disparaissent ? Du gouvernement ? Allons donc. De la télé ? Des blogs ? Tu rigoles ! D'après un de mes amis qui a accepté de se faire racheter en Floride, la corruption est l'industrie qui va le plus progresser quand il n'y aura plus de journaux pour la surveiller. »

Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.

Alaska
David Vann, Komodo.

Arkansas
John Grisham, La chance d'une vie.
John Grisham, Les oubliés. (livre audio)

Arizona
Brady Udall, Le polygame solitaire.

Massachussets
Russell Banks, Trailerpark.

Michigan
Laura Kasischke, Esprit d'hiver.

Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.

Montana
Dorothy M. Johnson, La colline des potences.

New Jersey
Paul Auster, Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?
Paul Auster, Baumgartner.

New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.
Douglas Kennedy, Ailleurs chez moi (livre audio).

Ohio
Toni Morrison, Sula.

Pennsylvanie 
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road.

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