50 nuances de littérature #9
Après le tour du monde (qui n'est peut-être par terminé…), j'entreprends de visiter, par mes lectures, chacun des États-Unis d'Amérique. En septembre, j'ai lu 5 livres (tous, plus ou moins, sur le thème de la figure paternelle), pour un total de 1342 pages, et j'ai visité 5 nouveaux états, ce qui porte les états visités à 36.
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Idaho
Emily Ruskovich, Idaho.
Idaho, 1995. Par une chaude journée d'août, une famille se rend dans une clairière de montagne pour ramasser du bois. Tandis que Wade, le père, se charge d'empiler les bûches, Jenny, la mère, élague les branches qui dépassent. Leurs deux filles, June et May, âgées de neuf et six ans, se chamaillent et chantonnent pour passer le temps. C'est alors que se produit un drame inimaginable, qui détruit la famille à tout jamais. Neuf années plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann au milieu des paysages sauvages et âpres de l'Idaho. Mais alors que la mémoire de son mari s'estompe, Ann devient obsédée par le passé de Wade. Déterminée à comprendre cette famille qu'elle n'a jamais connue, elle s'efforce de reconstituer ce qui est arrivé à la première épouse de Wade et à leurs filles.
Le bandeau dit « Troublant, obsédant et superbement écrit », c'est assez juste. On se perd un peu parfois entre les chapitres, passant d'une époque à l'autre, revenant en arrière, mais des liens se tissent entre ces périodes de la vie de Wade, Jenny et Ann. Au-delà de l'horreur de ce qui s'est passé, malgré ce que Wade, sans en avoir conscience, inflige à sa nouvelle épouse aimante, le livre avance vers l'apaisement et le pardon, celui que l'on accorde à l'autre, mais surtout celui que l'on s'accorde à soi-même.
« Un jour d'automne ensoleillé, allongée à côté de lui dans l'herbe, tandis qu'il somnolait, elle a senti l'ancienne vie de Wade, ses souvenirs, s'évaporer à travers sa peau. Elle a senti que tout le quittait, tout sauf elle.
Alors elle s'est à son tour vidée de sa propre vie pour être sur un pied d'égalité avec lui. Ils sont restés étendus l'un contre l'autre, tel un fragment de temps. Un nuage est passé devant le soleil et, à l'intérieur de Wade, il y a eu un basculement qu'elle a perçu. A ce moment-là, elle a laissé un basculement se produire à l'intérieur d'elle-même, et ainsi ils sont redevenus les êtres qu'ils étaient habituellement, encore tout chauds de l'amnésie qu'ils venaient de vivre. »
« Elle revoit sa maman dans la cuisine, en train de faire plein de choses en même temps tout en ne voulant en faire qu'une. Lire un livre, par exemple. Mais elle est sollicitée de toutes parts. Peut-être qu'elle lave une poêle dans l'évier en lisant un livre ouvert sur le plan de travail. Peut-être qu'une casserole bout sur la cuisinière derrière elle. Et peut-être que cette casserole s'apprête à déborder, mais qu'à la dernière seconde, très calmement, sa mère se détourne de l'évier et du livre, éteint la cuisinière, puis se remet à lire et à laver. La casserole ne déborde pas, mais il s'en est fallu de peu.
C'est dire à quel point le geste que voit June lui paraît familier, ce mouvement du bras de sa mère. Interrompre une phrase pour éteindre une cuisinière. Puis terminer la phrase.
La main droite de Jenny se déplace avec une grâce vive et habile, d'abord devant elle, frôlant le tableau de bord, puis, avec une très légère rotation de son corps, derrière elle, à travers l'espace entre les deux sièges avant. »
Wyoming
Mark Spragg, Une vie inachevée.
À 70 ans, Einar mène une vie solitaire depuis que sa femme, Ella, et son fils, Griffin, sont morts, ce dernier à tout juste 20 ans. Il vit dans son petit ranch délabré dans le Wyoming, avec son cheval, une vache, son chien et son meilleur ami, Mitch, gravement blessé par un ours quelques années auparavant. Einar le nourrit et le soigne, rongé par la culpabilité de n'avoir pas tué l'animal avant le drame.
À des centaines de kilomètres de là, Griff, 10 ans, réussit à convaincre sa Jean, sa mère, de quitter un petit ami violent. Quelques vêtements jetés dans une valise et les deux femmes s'enfuient… et arrivent chez Einar, puisque Jean est la veuve de Griffin. Le vieil homme tourne le dos à la jeune femme, lui reprochant d'avoir tué son fils dans un accident de voiture. Mais il ne résiste pas à l'innocence, la bonne volonté et l'énergie de sa petite fille, dont il ignorait jusque-là l'existence.
L'histoire est connue, mais les sentiments de ces personnages sont dépeints avec beaucoup de délicatesse et de tendresse.
« Les marches ne sont que des rondins coupés en deux dans le sens de la longueur. Toute la maison est en rondins. On croirait une forêt qui serait tombée et qu'on aurait empilée sur les côtés. Non seulement 'est beaucoup mieux qu'une caravane, mais c'est mieux que tous les endroits qu'elle a pu voir. C'est une vraie maison, du genre qui ne va pas s'user avant que ses habitants soient usés, eux aussi. »
« Je ne me suis pas fait tabasser parce que je n'avais pas d'arme. J'ai été battue parce que je suis tombée amoureuse du type dont il ne fallait pas tomber amoureuse, que j'ai été trop stupide et trop terrorisée pour arrêter de faire semblant et m'avouer que je m'étais plantée. »
Virginie
William Styron, Un matin de Virginie.
Trois nouvelles, à trois périodes de la vie du narrateur : Paul, la vingtaine, engagé dans les marines pendant la guerre de Corée, frustré de ne pas participer au débarquement d'Okinawa, se réfugie dans ses souvenirs d'enfance et la lutte de sa mère contre la maladie, l'impuissance de son père.
Dix ans plus tôt, enfant unique fasciné par la famille nombreuse et miséreuse d'une maison voisine, il assiste aux derniers jours d'un ancien esclave, revenu mourir sur les terres de son "maître". Et à l'adolescence, petit livreur de journaux exploité par un patron cupide, observant avec consternation les brimades de celui-ci vis-à-vis de son employé noir, confronté au même moment à la lente agonie de sa mère, il ose tout à coup se révolter.
« Le 1er avril 1945 (qui était aussi le dimanche de Pâques ),la deuxième division de marines, dans laquelle Doug Stiles et moi étions chefs de section, lança une attaque sur la côte sud-est d'Okinawa. En réalité, il s'agissait d'une attaque bidon, ce qui n'allait pas sans nous poser des problèmes. »
« Mon nom est Paul Whitehurst, nous sommes le 11 septembre 1938 alors que Prague attend l'ultimatum de Hitler. Ainsi apaisé par l'histoire, je me laissai hisser lentement et de plus en plus haut à travers les ombres chaudes et denses de la pièce. Et là, flottant au niveau des immortels musiciens, je fus capable de contempler impassible le père ėperdu de chagrin et le petit garçon blotti dans ses bras. »
Montana
Joe Wilkins, Ces montagnes à jamais.
Le jeune Wendell n'est qu'un simple employé de ranch sur les terres qui appartenaient autrefois à sa famille. L'arrivée soudaine du petit Rowdy, fils de sa cousine incarcérée, donne un nouveau but à sa vie, vidée de sens depuis la mort de sa mère et la disparition lointaine de son père, devenu une légende pour les milices séparatistes du Montana. Un lien puissant se noue entre Wendell et le garçon de sept ans mutique et traumatisé. De son côté, Gillian, une enseignante blessée elle aussi par la mort de son mari, prend sous son aile le jeune garçon, avant de découvrir ses origines familiales. Mais la réouverture prochaine de la chasse au loup, pomme de discorde entre les protecteurs de l'environnement et les milices séparatistes, va mettre le feu aux poudres et réactiver la violence qui couve depuis des décennies dans la région des Bull Mountains.
Un roman lumineux et plein d'espoir, malgré les drames qui y sont racontés.
« Mais le loup était sur mes terres. C'est le début et c'est la fin. Cette louve aurait tout aussi bien pu s'approcher de moi et me dévorer le coeur. Bien sûr qu'il y en a assez. Mais c'est pas seulement ça. Le loup représente plus qu'un loup. Un autre truc qu'il représente le loup c'est la loi. Et si j'ai de la haine envers quelque chose c'est bien envers ces lois qui réduisent un homme en esclavage sur ses propres terres. »
« C'est alors que la douleur véritable s'était déclenchée. Elle avait pleuré les premiers jours, bien sûr, mais des mois s'étaient écoulés et ces sanglots l'avaient soudain fait tomber à genoux. Il était parti, parti, parti. La douleur était pareille à une scie qui la transperçait, tranchait les tendons, fendait les côtes jusqu'à ce que l'air sec siffle à travers elle. Elle rentrait du travail, mettait Maddy au lit, puis se laissait aller à des crises de sanglots rauques. »
« Ils n’avaient jamais discuté, son père et lui. Il n’avait été qu’un enfant, mais tout de même. Plus tard, sa mère avait peut-être tenté de discuter à une ou deux reprises avec lui, mais il avait dû se détourner. Il connaissait trop bien la vieille règle qui voulait qu’un homme ne puisse s’ouvrir ainsi. C’était d’ailleurs ce qu’il avait puisé dans tous ces livres, ce dont il avait été avide – la possibilité de s’ouvrir librement. »
Delaware
Franz-Olivier Giesbert, L'Américain.
Oui, je sais, c'est un comble de n'avoir trouvé, né dans cet état, qu'un écrivain francophone ! L'auteur ici nous parle de son père, qu'il a détesté de toutes ses forces durant son enfance et son adolescence, pour sa brutalité et la tyrannie qu'il exerçait sur sa famille. Pourtant, ce livre est plein d'admiration, un bel hommage aussi à sa mère, qu'il ne comprenait pas plus que son père, plein de regrets aussi, puisqu'il est trop tard pour une réconciliation.
« On l'appelait ”l'Américain”. Après le Débarquement, il avait rencontré ma mère lors d'un bal donné à Rouen, en l'honneur des libérateurs. Et il s'était fixé en Normandie. Il me battait beaucoup. Il battait, surtout, beaucoup maman. C'est pourquoi j'ai passé mon enfance à vouloir le tuer. Ma haine contre lui ravagea tout en moi, ma lucidité et mon humanité. Jusqu'à sa mort. Mais jamais je n'oublierai le sourire souffrant qu'il traînait partout et qui, aujourd'hui encore, me fend le cœur. »
« J’ai compris, ce soir-là, que mon père était mort le jour du débarquement. Bien sûr, ça ne l’empêchait pas de vivre. Mais mourir n'a jamais empêché personne de vivre. Le 6 juin 1944, le monde n'était plus qu'un grand fracas. Papa était assailli de tous côtés par le bruit des rafales, des bombes et du vent qui gueulait ses injures. Sans oublier les cris des blessés. Couchés ou accroupis, dans l'eau ou sur le sable, ils appelaient au secours mais n'intéressaient plus personne. »
« Je ne supportais pas l'idée que maman meure. Je me disais que je ne pourrais jamais lui survivre. Maman meurt beaucoup. Surtout après les césariennes qui lui labourent le ventre. Mais elle ressuscite toujours après. Elle est bien trop chrétienne pour avoir peur de la mort. Ce n'est donc pas la frousse qui la ramène sur terre. C'est juste qu'elle a trop à faire, comme d'habitude, des moutards à torcher ou des copies à corriger, et qu'avec elle, de surcroît, l'heure n'est jamais l'heure. Elle rate toujours ses rendez-vous, fût-ce avec la mort. Depuis le temps, maman n'a plus l'âge de mourir jeune. »
« Aimer l'Amérique est une autre façon de haïr papa. Après mon débarquement en Normandie, à l'âge de trois ans, je ne devais plus retourner aux Etats-Unis avant ma dix-neuvième année. Mais je me suis toujours senti américain. Il est vrai que je n'avais pas le choix. « L'Américain » était le surnom que l’on me donnait, au lycée d’Elbeuf. Comme mon père, à l’imprimerie. »
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Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.
Alaska
David Vann, Komodo.
Arkansas
John Grisham, La chance d'une vie.
John Grisham, Les oubliés. (livre audio)
Arizona
Brady Udall, Le polygame solitaire.
Californie
Leila Mottley, Arpenter la nuit.
Caroline du Nord
Lionel Shriver, Big Brother.
Caroline du Sud
Ron Rash, Le monde à l'endroit.
Colorado
Kent Haruf, Nos âmes la nuit.
Kent Haruf, Le chant des plaines.
Kent Haruf, Les gens de Holt County.
Floride
Karen Russell, Swamplandia.
Georgie
Taylor Brown, Les dieux de Howl Mountain.
Iowa
Dorothy M. Johnson, La colline des potences.
Maine
Richard Russo, Trajectoire.
Stephen King, Billy Summers (livre audio).
Stephen King, Après (texte audio).
Maryland
Barbara Kingsolver, L'arbre aux haricots.
Barbara Kingsolver, Les cochons au paradis.
Massachussets
Russell Banks, Trailerpark.
Dennis Lehane, Le silence (texte audio).
Michigan
Laura Kasischke, Esprit d'hiver.
Minnesotta
Louise Erdrich, Comme des pas dans la neige.
Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.
Nebraska
Dan Chaon, Cette vie ou une autre.
Nevada
Willy Vlautin, Ballade pour Leroy.
New Hampshire
Joyce Maynard, L'hôtel des oiseaux (livre audio).
Joyce Maynard, Baby love.
New Jersey
Paul Auster, Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?
Paul Auster, Baumgartner.
New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.
Douglas Kennedy, Ailleurs chez moi (livre audio).
Douglas Kennedy, L'homme qui n'avait pas assez d'une vie (livre audio).
Ohio
Toni Morrison, Sula.
Oregon
Lisa Gardner, L'été d'avant (série Frankie Elkin, 1/3 - Livre audio).
Pennsylvanie
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road.
Michael Connelly, Le poète (livre audio).
Michael Connelly, L'épouvantail (livre audio).
Rhode Islan
Cormac McCarthy, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme.
Tennessee
Horace McCoy, On achève bien les chevaux.Vermont
Rhode Island
Robin MacArthur, Les femmes de Heart Spring Mountain.
Washington
Sherman Alexie, Dix petits indiens.
Sherman Alexie, Flight.
Wisconsin
Pete Fromm, Mon désir le plus ardent.
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