50 nuances de littérature #8
Après le tour du monde (qui n'est peut-être par terminé…), j'entreprends de visiter, par mes lectures, chacun des États-Unis d'Amérique. En août, j'ai lu 5 livres et j'en ai écouté un, pour un total de 2039 pages, et j'ai visité 4 nouveaux états, ce qui porte les états visités à 31.
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Caroline du Nord
Lionel Shriver, Big Brother.
J'aurais bien lu Il faut qu'on parle de Kevin, mais les exemplaires étaient conservés dans des médiathèques fermées pour congés, ce sera donc plus tard, peut-être. En attendant, j'ai choisi un autre roman.
Femme d'affaires en pleine réussite, mariée à Fletcher, un artiste ébéniste, belle-mère de deux ados, Pandora n'a pas vu son frère Edison depuis quatre ans quand elle accepte de l'héberger. À son arrivée à l'aéroport, c'est le choc : Pandora avait quitté un jeune prodige du jazz, séduisant et hâbleur, elle découvre un homme obèse, contraint de se déplacer en fauteuil, négligé, capricieux et compulsif. Que s'est-il passé ? Comment Edison a-t-il pu se laisser aller à ce point ? Pandora a-t-elle une part de responsabilité ?
Entre le très psychorigide Fletcher et le très jouisseur Edison, la tension ne tarde pas à monter et c'est Pandora qui va en faire les frais. Jusqu'à se retrouver face au pire des dilemmes : choisir entre son époux et son frère. Qui aura sa préférence ? Pourra-t-elle sortir son frère de la spirale dans laquelle il s'est enfermé ? Edison le veut-il seulement? Peut-on sauver malgré eux ceux qu'on aime ?
Beaucoup d'humour pour cette histoire malgré tout dramatique, qui parle de famille, de culpabilité, d'éducation, d'apparence, de célébrité, de souvenirs d'enfance, avec quelques pièges dans lesquels tombe forcément le lecteur.
« Ce qui nous ramène à la question du poids. Depuis qu'Edison m'en a fourni le motif, je me suis lancée dans l'étude suivante : celle de la hiérarchie des éléments pris en compte lorsqu'on pose les yeux sur quelqu'un. Lorsqu'au loin émerge une forme qui n'est pas un lampadaire mais un être humain, nous enregistrons : (1) le genre, (2) la corpulence. L'ordre dans lequel s'effectue cette reconnaissance est peut-être généralisé dans ma partie du monde, même si je doute que la corpulence ait toujours figuré en seconde place. Pourtant, aujourd'hui, j'ai tendance à remarquer qu'une silhouette est mince ou grosse avant de prendre conscience, une nanoseconde plus tard, que cette personne est un Blanc, un Hispano-Américain ou un Noir. Si cette personne est plutôt corpulente, la plupart d'entre nous remarquons probablement d'abord “plutôt corpulent” que son sexe. De même, il est intéressant de constater que, dans les dépositions de police, les critères “mince”, “de corpulence moyenne” “de forte corpulence“, ou une déclinaison plus sophistiquée figurent systématiquement. En littérature, les auteurs qui ne précisent pas des le début le poids approximatif d'un personnage font mal leur travail, et les résumés commencent invariablement par des formulations du type : “Allison, une jeune femme grande et mince au visage parsemé de taches de rousseur...“ ou : “Bob, cet homme affable et sociable dont le penchant pour les bières anglaises importées commençait à se traduire sur son tour de taille...“ »
« Ses créations étaient si fluides que chaque fois que je pénétrais dans le salon, les meubles me donnaient l’impression qu'ils venaient juste de s'arrêter de paître sur les tapis. Avec ses angles ondulants comme des cornes de cerf et les courbes impatientes de ses pieds courts, le canapé était lesté de coussins, sans lesquels la nerveuse créature aurait risqué peut-être de prendre la poudre d'escampette. »
Washington
Sherman Alexie, Dix petits indiens.
Comme l'auteur, tous les protagonistes de ces neuf nouvelles sont d'origine amérindienne, plus précisément spokanes. Tous sont citadins et ont pris de la distance avec leur culture. Dans une Amérique fragilisée par la menace terroriste, tout est source de divisions : les sexes, les races ou les classes sociales. Étudiant, juriste, mère au foyer, poète, SDF, aucun n'échappe au racisme ou au poids du passé, mais tous rêvent d'une intégration réussie.
« Comment ces hommes pouvaient-ils tant détester la poésie et respecter son intelligence ? Bien sûr, c'étaient des hommes élevés au sein d'une culture matriarcale, mais qui vivaient dans un pays patriarcal. En conséquence, ils étaient à la fois gentils, honnêtes, sensibles et stupides, sexistes et imprévisibles. Ils étaient heureux en ménage, mariés à des femmes qui gagnaient plus d'argent qu'eux, et ils se vantaient de la réussite de leurs épouses. Ma femme vient d'avoir une augmentation ! Ma chérie gagne plus que la tienne ! Ma femme dirige tout le foutu supermarché Kmart et quand elle rentre à la maison, elle nous dirige ! C'est une femme du XXe siècle ! Non, je ne me sens pas menacé par elle ! elle me motive ! Qui étaient ces Indiens-là ? Quel genre de guerriers faisaient-ils ? Est-ce que Crazy Horse et Geronimo célébraient ainsi les talents de leurs épouses ? Est-ce que Sitting Bull s'asseyait chaque semaine à côté de sa femme pour discuter de l'état de leurs relations? Est-ce que Red Cloud envoyait fièrement sa fille combattre l'ennemi ? Corliss regarda son père et vit un étranger, un étranger aimant, mais néanmoins un étranger. »
« Seigneur, elle avait élevé deux futurs Marines ! Comment un Indien pouvait-il endosser un uniforme américain sans mourir du choc toxique de l'ironie ? Bon Dieu, elle n'avait pas autorisé ses fils à jouer avec des jouets guerriers quand ils étaient petits, et voilà que son mari les emmenait chasser trois fois par an. Elle vivait dans une maison où des ramures de cerfs ornaient les murs. Des ramures et des drapeaux ! des ramures et des drapeaux ! des ramures et des drapeaux. Des hommes avaient marché sur la lune, écrit Hamlet, peint la chapelle Sixtine, joué du piano comme Glenn Gould, et d'autres éprouvaient encore le besoin d'accrocher aux murs des ramures et des drapeaux. Alors pourquoi s'étonner que des hommes précipitent des avions sur des immeubles ? »
Washington
Karen Russell, Swamplandia.
C'est d'une Floride méconnue que nous parle l'autrice : loin des plages paradisiaques et des palmiers, l'état est surtout constitué de lacs, de marécages et de mangroves, un cinquième de sa surface est au-dessous du niveau de la mer !
A treize ans, Ava Bigtree a passé toute sa vie à Swamplandia, un parc à thème peuplé d'alligators, que sa famille a créé sur une île au large de la Floride. La mort de la mère, dont le numéro de dompteuse était l'attraction principale, provoque la désertion des touristes et plonge la famille dans le chaos : le père part chercher des financements, le fils aîné Kiwi fugue sur le continent, la grande sœur Osceola voit des fantômes et finit par partir avec l'un d'eux. Ava se lance alors dans une périlleuse mission à travers les marécages pour sauver les siens. Chacun paiera chèrement cette perte de l'innocence, mais y gagnera aussi une précieuse expérience du monde du dehors.
« Quand on n’est qu’au commencement de la fin, on peut très bien se croire déjà au milieu. Quand j’étais petite, je ne voyais pas ces nuances. C’est seulement après la déchéance de Swamplandia que le temps s’est mis à avoir comme un début, un milieu et une fin. En bref, je peux résumer toute l’histoire d’un seule mot : chute. »
« Notre mère entrait en scène dans la clarté des étoiles. Qui avait eu cette idée ? Je ne l’ai jamais su. Sans doute Chef Bigtree, et c’était une bonne idée – neutraliser la poursuite pour laisser le croissant de lune se détacher dans le ciel, sans chaperon ; couper le micro, laisser les projecteurs sous leurs paupières de fer afin de permettre aux touristes d’apprécier ce cadre nocturne ; encourager le public à anticiper le palpitant numéro exécuté par la vedette de Swamplandia – la fameuse dompteuse d’alligators : Hilola Bigtree. Quatre fois par semaine, notre mère grimpait à l’échelle qui surplombait la fosse dans son deux pièces vert pour aller se placer au bord du plongeoir, prenant sa respiration. S’il y avait du vent, ses longs cheveux voletaient autour de son visage, mais le reste de sa personne restait immobile. Les nuits dans les marécages étaient sombres et tachetées d’étoiles – notre île était à une cinquantaine de kilomètres du réseau électrique du continent – et même si, à l’oeil nu, on pouvait apercevoir Vénus et la chevelure bleu saphir des Pléiades, le corps de notre mère n’était qu’une vague silhouette, une tache floue sur fond de palmiers. Juste en dessous, des dizaines d’alligators déplaçaient leurs sourires ambigus et les diamants superbes de leurs têtes dans un bassin d’eau filtrée. Au niveau du cône noir où plongeait maman, il y avait neuf mètres de profondeur. »
Washington
Sherman Alexie, Flight.
Le narrateur, Spots, mi-indien mi-irlandais, est orphelin depuis l'âge de six ans. À 15 ans, il a connu vingt familles d'accueil et pas mal d'arrestations pour délinquance. Un jour de haine intense, il braque une banque et récolte une balle dans la tête qui le propulse au cœur d'un étrange voyage dans le temps, à travers les périodes les plus troubles de l'histoire américaine, vers une possible rédemption... Un roman qui proposé une réflexion profonde sur les tensions raciales et la violence aux États-Unis, sur l'adolescence et le manque d'amour, également.
« Quand j’ai eu dix ans, tante Z m’a donné vingt dollars et m’a envoyé chercher des hamburgers et des frites. A mon retour, elle avait disparu. Elle n’est jamais revenue. À onze ans, je me suis enfui de chez ma première famille d’accueil et je me suis soûlé dans la rue en compagnie de trois indiens SDF venant d’Alaska. À douze ans, je me suis enfui de chez ma septième famille d’accueil. À treize ans, j’ai fumé du crack pour la première fois. À quatorze ans, j’ai volé une voiture et je l’ai bousillée en percutant un immeuble sous le viaduc de l’Alaska Way. À quinze ans, j’ai rencontré un ado du nom de justice qui m’a appris à me servir d’un pistolet. »
Wisconsin
Pete Fromm, Mon désir le plus ardent.
Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer. Avec courage et humour, ils s'accrochent à l'idée qu'ils ont la chance incroyable de s'être rencontrés et réussissent à maintenir un véritable bonheur au sein de leur famille.
Ce roman est une merveille de délicatesse, de tendresse et de lumière, mais il faut avoir un moral bien accroché pour s'y plonger.
« Dalton nous pousse sur l'eau, et quand nous nous mettons à dériver, aucun de nous ne contrôlant les pagaies, je songe à combien cela ressemble à un mariage. Ne pas savoir qui est aux commandes, contourner les obstacles les plus vicieux en évitant de s'échouer sur ces longues barres de gravillons grises et sèches. »
« — Il faut qu'on les prévienne, Dalt. Absolument, absolument, il le faut. — De quoi, Mad ? Les prévenir de quoi ? — Je sais pas. La vie. — Combien elle est belle ? Oui, voilà. C'est exactement ce que je pensais.
Il s'agenouille devant le fauteuil et me prend le menton, plongeant ses yeux dans les miens. Il faisait la même chose avec les enfants quand ils étaient petits. En temps normal, jamais je ne laisserais passer un truc pareil, mais aujourd'hui ?
— Je les préviendrai, dit-il. De faire très attention au bonheur. Je leur dirai qu'il risque de les prendre par surprise, de leur couper le souffle, et qu'ils en voudront toujours plus. C'est ce que tu veux ? »
Massachusetts
Dennis Lehane, Le silence.
En cet été de 1974, à South Boston, quartier irlandais de Boston, Mary Pat Fennessy vit seule avec sa fille, depuis la perte de son fils et son divorce. Un soir, Jules, sa fille de dix-sept ans, ne rentre pas à la maison, et sa trace disparaît dans la chaleur moite de la ville. La même nuit, un jeune Noir se fait mortellement percuter par un train dans des circonstances suspectes. Ces deux événements sans lien apparent plongent les habitants de Southie dans le trouble, d'autant que les tensions sont déjà exacerbées par la politique de mixité instaurée par la ville : envoyer une partie des lycéens des quartiers pauvres dans d'autres quartiers, pour mélanger blancs, noirs et latinos, ce qui déclenche de grandes manifestations. Dans sa recherche effrénée de sa fille, Mary Pat, qui croyait appartenir à une communauté unie, voit les portes se fermer devant elle. Mais le mur du silence ne peut tenir face à cette femme en colère décidée à faire éclater la vérité, puis à se venger de ceux qui ont fait leurs profits sans se soucier des vies qu'ils ont dévastées.
« Je ne peux pas te protéger. Je peux faire ce que je peux, t'enseigner tout ce que je sais. Mais si je ne suis pas là quand le monde sort ses griffes - et même si je suis là - rien ne garantit que je puisse l'en empêcher. Je peux t'aimer, je peux t'aider, mais je ne peux pas te mettre à l'abri de tout. Ça me fiche une trouille bleue. Chaque jour, chaque instant. À chaque respiration. »
« Bobby est frappé de constater que quelque chose d'irrémédiablement détruit et de totalement indestructible à la fois vit au plus profond de cette femme. Et ces deux caractéristiques ne peuvent pas coexister. Une personne détruite ne peut pas être indestructible. Une personne indestructible ne peut pas être détruite. Et pourtant, Mary Pat Fennessy est assise là, devant lui, détruite, mais indestructible. Ce paradoxe fiche une trouille pas possible à Bobby. Au cours de sa vie, il a déjà rencontré des gens dont il est convaincu qu'ils vivaient comme les anciens shamans, un pied dans chaque monde : ce monde-ci et celui de l'au-delà. Quand vous rencontrez des gens comme ça, mieux vaut les fuir comme la peste, sinon, ils peuvent très bien vous entraîner avec eux dans l'autre monde quand ils partent. »
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Alabama
Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.
Alaska
David Vann, Komodo.
Arkansas
John Grisham, La chance d'une vie.
John Grisham, Les oubliés. (livre audio)
Arizona
Brady Udall, Le polygame solitaire.
Californie
Leila Mottley, Arpenter la nuit.
Caroline du Sud
Ron Rash, Le monde à l'endroit.
Colorado
Kent Haruf, Nos âmes la nuit.
Kent Haruf, Le chant des plaines.
Kent Haruf, Les gens de Holt County.
Georgie
Taylor Brown, Les dieux de Howl Mountain.
Iowa
Dorothy M. Johnson, La colline des potences.
Maine
Richard Russo, Trajectoire.
Stephen King, Billy Summers (livre audio).
Stephen King, Après (texte audio).
Maryland
Barbara Kingsolver, L'arbre aux haricots.
Barbara Kingsolver, Les cochons au paradis.
Massachussets
Russell Banks, Trailerpark.
Michigan
Laura Kasischke, Esprit d'hiver.
Minnesotta
Louise Erdrich, Comme des pas dans la neige.
Mississipi
Richard Ford, Une saison ardente.
Nebraska
Dan Chaon, Cette vie ou une autre.
Nevada
Willy Vlautin, Ballade pour Leroy.
New Hampshire
Joyce Maynard, L'hôtel des oiseaux (livre audio).
Joyce Maynard, Baby love.
New Jersey
Paul Auster, Le diable par la queue, suivi de Pourquoi écrire ?
Paul Auster, Baumgartner.
New York
Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney.
Douglas Kennedy, Ailleurs chez moi (livre audio).
Douglas Kennedy, L'homme qui n'avait pas assez d'une vie (livre audio).
Ohio
Toni Morrison, Sula.
Oregon
Lisa Gardner, L'été d'avant (série Frankie Elkin, 1/3 - Livre audio).
Pennsylvanie
Helene Hanff, 84 Charing Cross Road.
Michael Connelly, Le poète (livre audio).
Michael Connelly, L'épouvantail (livre audio).
Rhode Islan
Cormac McCarthy, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme.
Vermont
Robin MacArthur, Les femmes de Heart Spring Mountain.
Wisconsin
Horace McCoy, On achève bien les chevaux.
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